Le retour (à la niche) de l'État

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Est-ce parce qu'il est situé sur le méridien de Greenwich, ou qu'il est battu par les embruns rafraîchissants de l'Atlantique ? Le Royaume-Uni est toujours en avance. Précurseur en tout domaine, il est à l'origine de la minijupe, des Beatles et des modes idéologiques. C'est lui qui a inventé l'État providence, avec les idées de lord Beveridge qui ont gagné tout le continent après la guerre. C'est lui qui a inventé le libéralisme moderne, avec l'élection de Margaret Thatcher, en mai 1979, et déclenché une vague mondiale d'engouement pour le marché - même les socialistes français se sont mis à déréglementer l'économie, au milieu des années 1980. C'est dire si le mouvement était puissant.C'est encore l'Angleterre qui, la première, a nationalisé une banque en péril, à la fin 2007, réhabilitant l'intervention publique dans les pays développés. À l'automne 2010, nouvelle trouvaille britannique. David Cameron, le Premier ministre, coupe sévèrement dans les dépenses publiques et invente l'hyper-rigueur. Une sphère publique minimale, aux fonctions recentrées sur le régalien, qui abandonne des pans entiers de l'État providence au profit de la responsabilité individuelle, en supprimant des centaines de milliers de postes de fonctionnaires. Il est fort possible que cette option soit aussi notre futur. Déjà, plusieurs pays européens adoptent le régime britannique, contraints par la nécessité aiguë dans laquelle se trouvent leurs finances : l'Irlande, qui présentait son budget mardi, la Grèce, l'Espagne, toutes trois passées sous la hache à milliards pour complaire aux agences de notation, qui compensent leur inconséquence de naguère par une sévérité accrue. Le retour de l'État qu'on aurait pu attendre de la crise se heurte à un banal problème technique, qui n'est pas sans importance - il n'y a plus d'argent dans les caisses. Non seulement l'État n'est pas revenu en Europe, mais il va devoir céder du terrain. Car il n'a jamais été aussi dépendant des marchés financiers. flenglet@latribune.frPar François Lenglet, directeur de la rédaction

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