Florange : la fracture s'amplifie entre Jean-Marc Ayrault et Arnaud Montebourg

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\"Mittal n\'a tenu aucun de ses engagements\" accusait Arnaud Montebourg en évoquant l\'accord passé en 2006 entre Mittal et le gouvernement de l\'époque dans une interview accordée aux \"Échos\" le 25 novembre dernier. La réponse d\'ArcelorMittal est tombée aujourd\'hui comme un couperet. \"Non, nous ne contrevenons absolument pas aux accords passés\" a rétorqué ce vendredi l\'aciériste.Mittal respecte ses engagements selon MatignonQui a tort, qui a raison ? Dans l\'entourage du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, on infirme à nouveau Arnaud Montebourg, et on confirme la version d\'ArcelorMittal. \"En 2006, les engagements de Mittal étaient conditionnés à la conjoncture\" explique-t-on, et \"il n\'a jamais été question de maintenir les hauts-fourneaux de Florange en activité\". \"Chez ArcelorMittal, ils sont très juridiques, la conjoncture a changé, ils ont donc considéré que l\'engagement ne tenait plus\", ajoute-t-on.Partant, on peut se demander quelle est la valeur des engagements pris aujourd\'hui par Mittal auprès du gouvernement. \"La nouveauté est que les engagements que nous avons obtenus sont inconditionnels\", répond-on à Matignon. L\'accord porte sur la préservation des emplois grâce à des reclassements dans la filière froide, des départs en retraite, et des reclassements vers les sites de Fos sur Mer et Dunkerque, mais aussi sur un nouvel investissement dans la filière froide, le non démantèlement pendant six ans des hauts fourneaux et la poursuite du projet Ulcos.Ulcos n\'était pas le GraalSur Ulcos, la polémique a fait rage jeudi lorsque la Commission européenne a fait savoir que le groupe ArcelorMittal retirait son projet. Le président Lakshmi Mittal a toutefois manifesté sa volonté d\'y revenir, sans s\'y engager fermement auprès de Bruxelles. Le projet, s\'il voit à nouveau le jour dans sa deuxième version, comme convenu entre le gouvernement Ayrault et Mittal, devra reposer en grande partie sur les sommes mises de côté par l\'Union européenne et la France pour subventionner le développement de la technologie. S\'il peut être intéressant pour ArcelorMittal de se faire financer en partie une technologie qui lui appartiendra ensuite, rien ne garantit que la France en profitera, ni même que le projet est solide sur le plan industriel. \"Si le prix de la tonne de carbone remonte, comme les études le prévoient, et que les pays émergents nous rejoignent du point de vue des normes sur les émissions de gaz à effet de serre, cette technologie nous rendra plus compétitifs\", espère-t-on à Matignon. Un pari sur le long terme en somme, mais pas un moyen sûr de relancer la sidérurgie en France.La nationalisation n\'a pas été envisagéeSur le sujet de la nationalisation, Arnaud Montebourg se voit là aussi désavoué. A Matignon, on explique qu\'il n\'y avait aucun repreneur sérieux, et la piste de Bernard Sérin - on confirme à demi-mot que c\'était bien un des repreneurs de Florange - est balayée d\'un revers de main. \"Pour nationaliser, il fallait mobiliser de l\'ordre de 1 milliard d\'euros, 400 millions pour acheter, sans compter la prime d\'expropriation, 400 millions pour rénover le site, qui ne peut repartir sans une révision, et 200 millions d\'euros de besoin de fonds de roulement pour redémarrer l\'exploitation, explique-t-on à Matignon. Le repreneur arrivait avec 110 millions d\'euros à lui et un partenaire minier français qui lui apportait un fonds de roulement en nature de l\'ordre de 250 millions d\'euros\". Le risque de se retrouver avec un site de Florange nationalisé sur le long terme ne pouvait pas être pris.Quand à la piste de Severstaal, on confirme que le Russe avait bien évoqué le sujet. Mais il ne serait jamais entré en contact ni avec le gouvernement ni avec ArcelorMittal. \"Il n\'y a eu aucune marque d\'intérêt réel\", assure-t-on à Matignon. Seule concession faite à Arnaud Montebourg, on considère que sa menace de nationaliser temporairement Florange a pesé dans les négociations. Chez ArcelorMittal, on dit ne jamais y avoir cru.

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