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Le cinéma, art et industrie

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Publié le 12 août 2010 à 21:28 - Mis à jour le 12 août 2010 à 21:28

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Il n'y a pas foule le 28?décembre?1895 au Grand Café, boulevard des Capucines à Paris. La première projection cinématographique publique et payante des frères Lumière attire à peine une trentaine de badauds. Ils en sortent enchantés. De bouche à oreille, de plus en plus de spectateurs se pressent chaque jour aux portes de la salle obscure, s'effrayant de «?l'Arrivée d'un train en gare de la Ciotat?» ou se réjouissant d'un «?Arroseur arrosé?», ces courts métrages d'à peine deux minutes. L'industrie du cinéma est lancée. Partout dans le monde, pas un jour ne se passe sans une séance de cinéma payante.Si les frères Lumière sont incontestablement des pionniers, à la fois ingénieurs et industriels du cinématographe, il serait injuste de leur attribuer tout le mérite. En effet la naissance du cinéma est une accumulation d'expérimentations et d'évolutions techniques, plutôt qu'une invention ex nihilo. Tout au long du XIXe?siècle, la conquête de l'image animée a passionné les inventeurs. Des expériences de «?photographies animées?» de James Muybridge et de son «?zoopraxiscope?» - dont le but était de décomposer les mouvements d'un cheval au galop - au fusil photographique d'Étienne-Jules Marey - version améliorée de la machine de Muybridge - sans oublier le kinétoscope de Thomas Edison, permettant de visionner un film dans une petite boîte et pour lequel il invente le film 35?mm perforé, encore utilisé aujourd'hui, tous ont contribué à la naissance du cinéma en salle.Le cinéma se développe alors en Europe et aux États-Unis comme un divertissement forain. Mais rapidement les gens s'habituent à ces plans fixes et ne sont plus impressionnés par ces décors qui bougent. Georges Méliès, alors directeur de théâtre, a une vision bien plus fantaisiste de ce qui n'est pas encore le septième art. Il mêle magie, théâtre filmé, grand spectacle, le tout avec des effets spéciaux dans des films comme «?le Voyage dans la Lune?» en 1902. Il faut cependant attendre David W. Griffith et sa «?Naissance d'une nation?» en 1915 pour une vraie rupture artistique.On sort alors de l'imagerie de fête foraine et on change de siècle. En introduisant des innovations techniques dans le montage, le réalisateur américain invente un langage qui n'appartient qu'au cinéma, celui du gros plan, du travelling, du flash-back et du montage parallèle. «?Naissance d'une nation?» est un véritable succès populaire. Les acteurs sont adulés. Aux États-Unis le star-système se met en place. Avec Mary Pickford, Lillian Gish, Douglas Fairbanks ou Buster Keaton, le concept de «?people?» est né.L'Europe n'est pas en reste. Abel Gance ou Marcel L'Herbier s'imposent comme cinéastes en France tandis que la série de Louis Feuillade, «?Fantômas?» cartonne. L'Allemagne peut se targuer d'abriter des artistes tels que Fritz Lang, Ernst Lubitsch ou Friedrich Murnau. En Italie, le péplum «?Quo Vadis?» attire les foules. Dans le monde entier, le cinéma, encore muet, se développe et s'implante dans le quotidien.Derrière ces innovations artistiques, se développe une véritable industrie. En France, les frères Pathé et Léon Gaumont commencent à bâtir leur empire dès le début du XXe?siècle, se disputant à eux deux le marché international. Les studios fleurissent et les salles aussi. En 1907, Charles Pathé décide de ne plus vendre les copies de films, mais de les louer. Il invente ainsi la distribution. Avec la guerre qui éclate en Europe en 1914, la production cinématographique du Vieux Continent s'arrête. Le public européen découvre alors Charlie Chaplin et ses confrères, et le cinéma américain s'impose, faisant des premiers studios de Hollywood une industrie prospère.Bientôt une (r)évolution technique anime le secteur. En 1927, la Warner Bros sort sur les écrans «?le Chanteur de jazz?», premier film sonore. Le succès est immédiat mais les studios ont du mal à s'adapter. Il n'y a qu'à revoir «?Chantons sous la pluie?» de Stanley Donen (1952) pour se faire une idée de la situation?: changement de décors, de jeux, de comédiens, de métiers... Tout y passe. «?Le son est une vraie innovation architecturale. C'est une véritable rupture pour le spectacle en salle ou pour la mise en scène?», analyse aujourd'hui Kira Kitsopanidou, maître de conférences à la Sorbonne Nouvelle. Le son est désormais le nouveau moyen de communication du cinéma. En France, les dramaturges Marcel Pagnol et Sacha Guitry sont adaptés au grand écran, le poète Jacques Prévert devient scénariste. Le cinéma acquiert ses lettres de noblesse avec notamment la trilogie marseillaise de Pagnol et à Hollywood les comédies musicales font le bonheur des spectateurs. Les années 1950 voient la généralisation du cinéma en couleurs. Si dès les débuts du cinéma certains, comme les frères Pathé, ont monté des usines de coloriage des films, le premier long-métrage tourné en couleurs, utilisant la technique du technicolor trichrome (qui superpose les trois couleurs primaires), «?Becky Sharp?» de Rouben Mamoulian, date de 1935. Néanmoins l'arrivée de la couleur a un impact bien différent de celle du son. «?Autant c'était impossible d'adapter du Guitry avant le parlant, autant la couleur ne change pas l'histoire?», souligne Fabrice Calzettoni, responsable pédagogique de l'Institut Lumière à Lyon. Pour preuve, Jacques Tati tourne «?Jour de fête?» (1949) à la fois en couleur et en noir et blanc?!Cette période est surtout marquée par l'invention du Cinémascope, qui a été au cinéma ce que le 16/9e est à la télévision. L'industrie du cinéma propose dès 1953, avec «?la Tunique?» de Henry Koster, un format panoramique, dans le but de se démarquer de la télévision, de plus en plus populaire.Durant cette décennie, les films en relief connaissent leur première grande période avec plus d'une soixantaine d'oeuvres tournées par les studios américains. Mais faute d'une technologie vraiment adaptée, le genre s'essouffle. «?Aujourd'hui c'est le numérique qui permet cette renaissance de la 3D au cinéma?», confie Fabrice Calzettoni. L'arrivée du numérique dans l'audiovisuel modifie le cinéma en profondeur. «?Exactement comme les débuts du parlant?», prévient Laurent Mannoni, directeur scientifique du patrimoine de la Cinémathèque française.En mettant à bas tous les fondamentaux reposant sur la pellicule, le numérique chamboule toute la chaîne. De la production à l'exploitation, en passant par la distribution. Pour le meilleur et pour le pire. En effet, si le numérique permet des effets spéciaux spectaculaires, des images en relief, et des économies d'échelle, il fait aussi disparaître des métiers, comme celui de projectionniste. Mais ce qui inquiète le plus la Cinémathèque aujourd'hui c'est l'obsolescence rapide des techniques numériques qui pourrait poser problème dans le visionnage des films, et surtout leur conservation. Avec une conséquence redoutable pour le patrimoine cinématographique et la mémoire de ce siècle de cinéma.Marine Cluet

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