Armement : les cinq contrats qui font rêver les industriels français au Brésil

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 Au fil de ces dix dernières années, le salon de la défense de Rio de Janeiro (LAAD Defence & Security), le plus grand en Amérique Latine, s'est imposé comme une étape incontournable du grand barnum des industriels de l'armement, qui sillonnent les quatre coins de la planète. Ainsi, quelque 680 exposants brésiliens et étrangers ont répondu présent et quatorze ministres de la Défense (Afrique du Sud, Angola, Argentine, Belgique, Chili, Slovaquie, Ethiopie, Grèce, Haïti, Mauritanie, Royaume-Uni, Sénégal, Suriname et Ukraine) ont fait le déplacement. Pourtant en dépit des enjeux commerciaux et de la croissance spectaculaire de LAAD en 2013, aucun des patrons des grands groupes français de l'armement n'a fait le déplacement cette année à Rio de Janeiro, à l'exception du futur ex-patron d'Eurocopter, Lutz Bertling, de passage ce vendredi.Un satellite de télécoms civil et militaireC'est l'un des appels d'offre les plus chauds du moment au Brésil. Et cela va être une sacrée bagarre pour décrocher ce contrat d'un satellite civil (bande ka) et militaire (bande x) estimé entre 250 et 300 millions d'euros. Pas moins de sept groupes, dont les deux constructeurs français (Thales Alenia Space et Astrium) cette fois-ci concurrents et les américains Boeing et Loral, ont déposé une proposition en début de semaine au maître d'ouvrage brésilien Visiona, une joint-venture créée pour l'occasion entre l'avionneur brésilien Embraer (51 %) et le l'opérateur public Telebras (49 %), qui choisira le lanceur pour mettre en orbite ce satellite en 2016. Sont également de la partie le Russe ISS Reshetnev, qui a répondu en partenariat avec le canadien MDA, l'israélien IAI et enfin le japonais Melco (Mitsubishi Electric).Après la demande d'information (RFI) lancée en décembre, l'appel d'offre (RFP) portant sur la construction de SGDC-1 ainsi qu'une partie de son segment sol pour contrôler le satellite et ses missions, a été lancé mi-février. Réponse attendue des Brésiliens, qui souhaitent un important transfert de technologies, avant la fin de l'année. Les deux constructeurs français, qui ne souhaitent pas dévoiler leur offre, se disent très flexible sur ce point crucial. « Les besoins spatiaux brésiliens vont au-delà de cet appel d'offre, précise-t-on chez Thales Alenia Space. Nous sommes prêts à accompagner la montée en puissance de l'industrie spatiale brésilienne ». C'est l'Agence spatiale brésilienne (AEB) qui décidera toutefois de l'ampleur du transfert de technologies et avec qui. Un deuxième satellite devrait suivre (SGDC-2) deux ans plus tard pour un montant estimé à plus de 275 millions d'euros.La surveillance de l'espace maritime brésilienAprès Sisfron, le méga-contrat de 4,5 milliards d'euros perdu par Thales et EADS et remporté par l'omniprésent Embraer, qui souhaite grossir dans les activités de défense et de sécurité, voici le programme SisGAAZ (système de surveillance de l'Amazonie bleue), géré par la marine brésilienne, qui en a fait une de ses priorités, voire sa priorité. Pourquoi l'Amazonie bleue ? C'est « un coup médiatique de la marine, explique-t-on à La Tribune. L'Amazonie est un puissant véhicule de marketing ». Evalué à environ 3 milliards d'euros, ce projet porte sur la mise en réseau de tous les radars maritimes et de leur interconnexion sur toute la façade atlantique en vue de protéger notamment les énormes réserves pétrolières offshore du Brésil. Soit 7.300 kilomètres de côtes.La demande d'informations (RFI) de la marine est attendue avant juin pour une étude de faisabilité. EADS et sa filiale Signalis (fusion de Sofrelog et Atlas), qui est le leader mondial de la surveillance maritime grâce à son système Spationav, Thales ainsi que le suédois SAAB, Embraer et des groupes israéliens devraient se mettre sur les rangs pour remporter ce très beau contrat. Les géants des BTP brésiliens (Odebrecht et Andrade Gutierrez, notamment), intéressés par les travaux d'infrastructures sont également dans les starting-blocks. « Avec 45.000 kilomètres de côtes déjà sécurisées, - ce qui nous place au rang de leader mondial -, nous avons l'expertise pour gérer ce programme », estime-t-on chez EADS. Reste à connaître les règles de jeu que va imposer Brasilia, qui a de plus en plus tendance à protéger les groupes nationaux en général, et Embraer, en particulier.Prosuper, le renouvellement d'une partie de la marine de surfaceMis à quai depuis 2010, le programme de renouvellement d'une partie de la flotte de surface brésilienne, Prosuper, attend de prendre le large mais son lancement est sans cesse reporté par la présidence brésilienne... faute de crédits budgétaires suffisants. Car Prosuper, c'est quand même onze bâtiments, soit cinq frégates de 6.000 tonnes (3 + 2), cinq patrouilleurs de 1.800 tonnes (3 + 2) et un pétrolier ravitailleur multirôle (logistique). Ce contrat, désormais attendu en 2017-2018 par certains industriels, est évalué à 4 milliards d'euros.Sauf que BAE Systems a réussi à mettre le pied dans la porte dans le programme Prosuper en proposant avec succès à la marine brésilienne trois patrouilleurs de 2000 tonnes (près de 160 millions d'euros) qui devaient être réalisés pour Trinidad et Tobago mais qui a finalement renoncé en 2010 à les prendre. Deux autres patrouilleurs devraient être réalisés par un chantier naval brésilien. Enfin, BAE Systems pousse des frégates d'occasion du type 22 batch III (quatre), qui ont été désarmées par la Royal Navy. Ce qui ne réduit pas pour autant l'attractivité de Prosuper, un des rares programmes ambitieux au monde de renouvellement de flotte de surface, au regard de la sévère concurrence que se livrent les chantiers navals français (DCNS avec la frégate multimissions Fremm), italien (Fincantieri avec la Fremm italienne), espagnol (Navantia avec la F100) allemand, néerlandais et coréen. Et bien sûr britannique avec BAE Systems.PRONAE, deux porte-avions pour la marine brésilienne ?Le programme PRONAE est à plus long terme. Après 2025. Mais le plan de développement de la marine brésilienne prévoit à terme une trentaine de nouveaux bâtiments, dont deux porte-avions à propulsion classique en vue de remplacer l'antique Sao Paulo (ex-Foch). Soit entre trois et cinq milliards d'euros par bâtiment. Dans le cadre d'un RFP lancé en 2012 - une phase préliminaire de PRONAE -, DCNS, qui a exposé à LAAD une maquette d'un porte-avions, a remis une offre portant sur la définition du design du futur porte-avions. Les Russes, les Britanniques, les Espagnols, les Italiens et les Américains ont également remis des offres, précise-t-on chez DCNS. Certains estiment que Paris pourrait supporter cette offre de DCNS plutôt que celle dans le cadre de Prosuper. Car la France ferait alors d'une pierre deux coups, le porte-avions et la version navale du Rafale.Le Rafale dans le ciel brésilien ?Quand le Brésil se décidera-t-il à choisir enfin un avion de combat entre les constructeurs Dassault Aviation (Rafale), Boeing (F-18) ou Saab (Gripen NG) ? Le ministre brésilien de la Défense, Celso Amorim, qui a fait allusion lors du discours d'inauguration au programme FX2 de renouvellement de la flotte des avions de chasse (3 milliards d'euros), n'a pas donné beaucoup plus de visibilité. "Nous avons pleine conscience qu'il faut le réaliser", s'est-il limité à dire. Lors d'une conférence de presse éclair, il a souligné qu'il "n'avait pas de boule de cristal" pour dire quand serait choisi l'avion vainqueur. L'appel d'offres portant sur l'achat de 36 avions de chasse par l'armée de l'air brésilienne a été repoussé à plusieurs reprises en raison de coupes budgétaires.Pour autant, dans les allées du salon, les observateurs présents à LAAD étaient plutôt pessimistes sur les chances du Rafale. Si Brasilia devait choisir maintenant, ce ne serait pas l'avion de combat français, expliquaient plusieurs personnes interrogées par La Tribune. « Le moment du Rafale est passé », estime ainsi un industriel. Le report du programme arrange donc les affaires du Rafale... Jusqu'à quand ?

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