Réévaluation : Singapour donne le « la » à l'Asie

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La décision de l'autorité monétaire de Singapour a pris le monde financier par surprise : le MAS qui fait office de banque centrale, a procédé mercredi à une réévaluation de fait d'un peu plus de 1% de sa monnaie, qui a entraîné le dollar local de 1,3915 à 1,3775 pour un dollar US. Parallèlement, il a annoncé « une appréciation modeste et graduelle » à venir, à l'intérieur d'une nouvelle marge de fluctuation, un cran plus élevé mais toujours tenue secrète. Ces deux gestes simultanés constituent une première des trente neuf ans d'existence du MAS. Ils ont coïncidé avec l'annonce d'une hausse de 32 % en rythme annualisé du PIB de la ville-Etat au premier trimestre, laissant redouter une surchauffe de l'économie. La réévaluation du dollar de Singapour, qui pourrait monter rapidement jusqu'à 1,35 pour un dollar US selon les prévisions de ING, laisse présager une accélération de l'appréciation des autres monnaies d'Asie, et une reprise de celle du yuan chinois. Déjà depuis le début de l'année, le ringgit de Malaisie a gagné 7 % face au billet vert et les roupies indiennes et indonésiennes 4,5 % et 4 % respectivement. Sans que les autorités monétaires des pays concernés, qui sont dans une situation analogue à celle de Singapour, cherchent à contrôler le mouvement, en dépit de leur interventionnisme monétaire caractérisé. Tout se passe comme si l'Asie était en train de passer d'une politique de stimulation de la croissance à une stratégie de lutte contre l'inflation, alimentée par la nouvelle montée des prix des matières premières. La Chine, qui devrait annoncer ce jeudi sa plus forte croissance depuis trois ans, de 11,7 % selon la moyenne du consensus des économistes, n'y échappe pas. Bien que le président chinois ait réitéré la détermination de son pays à résister aux pressions concernant sa politique de change, lors de son entrevue lundi avec Barack Obama, cela tenait plus de l'imprécation. Hu Jintao aurait aussi évoqué une inflexion prochaine, débouchant sur l'abandon de l'arrimage du yuan au dollar, rétabli à l'été 2008. Les efforts de coopération et de conciliation amorcés au début du mois ne seraient donc pas lettre morte et les économistes sont légion à pronostiquer une reprise de l'appréciation du yuan avant l'été. Barclays table même sur le retour à une plus grande flexibilité dès la période avril-mai. Les stratèges sont d'autant plus incités à penser que Pékin va lâcher du lest que la surprise provoquée hier par Singapour ressemble comme une soeur à celle qu'avait suscitée la réévaluation, également miniscule, de 2,1 % du yuan en juillet 2005. Réévaluation qui allait être suivie de trois ans de revalorisation lente mais ininterrompue de la monnaie du peuple, qui avait gagné 21% de sa valeur face au dollar au cours de cette période.Isabelle Croizard

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