Défense : Jean-Yves Le Drian contraint de serrer les boulons

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\"La gravité de l\'évolution stratégique exige un effort soutenu de la défense\". Quel homme politique français tient-il un discours aussi courageux face à la montée de menaces dans le monde en dépit des contraintes budgétaires? C\'est bel et bien le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Malheureusement, la France désarme massivement par rapport aux objectifs de l\'actuelle loi de programmation militaire (LPM). Fin 2013, le ministère de la Défense aura perdu près de 5 milliards d\'euros par rapport à la trajectoire initiale de la LPM. Et le nouveau gouvernement n\'est pas seul responsable de ce dérapage budgétaire, les précédents ont également leur part de responsabilité. A sa décharge, Jean-Yves Le Drian a obtenu un budget stable par rapport à 2012. \"La défense consent un effort important dans un contexte de contraintes fortes mais nous tenons nos engagements en nous préservant de mesures irréversibles\", a-t-il expliqué aux députés de la commission de la défense de l\'Assemblée nationale.Des recettes exceptionnelles pour boucler le budgetMais entre 2009 et fin 2012, il manquera donc 3 milliards d\'euros cumulés au budget de l\'Hôtel de Brienne. Et 4,77 milliards d\'euros fin 2013, soit 1,77 de plus en raison de la différence entre le projet de budget (31,42 milliards d\'euros, hors pensions mais avec des recettes exceptionnelles évaluées à 1,27 milliard d\'euros en 2013), contre 33,19 milliards d\'euros prévus dans la LPM pour l\'année prochaine. Voir plus si les recettes exceptionnelles ne sont pas au rendez-vous. D\'autant que le ministre de la Défense \"préférerait ne pas avoir besoin de recettes exceptionnelles pour boucler\" son budget. \"Cette situation demande la plus grande vigilance\", a-t-il affirmé.Pour autant, Jean-Yves Le Drian a obtenu l\'arbitrage de Matignon pour disposer en 2013 de 673 millions d\'euros issus des recettes immobilières. Dans le débat lancé par la ministre du Logement, Cécile Duflot, qui souhaite mobiliser du foncier public en faveur du logement, via des cessions gratuites, Jean-Yves Le Drian est resté prudent. \"Je ne saurais prendre position de manière définitive, car il y a des situation et des usages potentiels, notamment à Paris, très différents, a-t-il souligné. Balard (le nouveau Pentagone français, ndlr) n\'est pas fini. Je suis à la fois prudent et exigeant\". Pour ce qui est des cessions de fréquences, le montant s\'élève à 1,067 milliard d\'euros. En revanche, le ministre fait part de son manque de visibilité pour 2014. \"J\'ignore en revanche ce qu\'il en sera du budget de 2014. Je tiens à rappeler que le budget 2012 n\'a été équilibré que grâce à des recettes exceptionnelles\".Le 4e sous-marin nucléaire Barracuda repousséQuelles économies? \"Près de 5,5 milliards d\'euros de commandes prévues en 2012 et 2013 ont été repoussés, dont près de 4,5 milliards d\'euros sur les seules opérations d\'armement, hors la dissuasion qui, conformément à l\'engagement du Président de la République, est préservée\", a expliqué le ministre. Les aménagements retenus permettent de \"limiter la dépense de l\'État en 2013 sans remettre en cause les contrats en cours, ni anticiper les choix qui sortiront du nouveau Livre blanc et de la future LPM, a-t-il précisé. Ces décalages ne sont pas irréversibles tant sur plan industriel que sur le plan capacitaire\". Ainsi la commande du quatrième Barracuda, qui est prévu pour 2024, est décalée de quelques mois \"mais cette décision n\'obère pas le plan de charge de DCNS de Cherbourg\", a assuré Jean-Yves Le Drian. Il en est de même du report de la rénovation à mi-vie des Mirage 2000 D, de celui de la commande du patrouilleur du futur ou de certains systèmes d\'information. Le programme de rénovation des Atlantique 2 et le programme de modernisation de l\'ensemble des véhicules blindés de l\'armée de terre Scorpion, sont également reportés, \"mais sans conséquence industrielle majeure, puisque les reports s\'étagent entre six et dix-huit mois, dans l\'attente des choix qui devront être faits dans le cadre du prochain Livre blanc et de la nouvelle LPM\". Enfin, les bâtiments multimissions B2M, qui ont vocation à desservir les zones de souveraineté de la France, sont également repoussés.Incertitudes sur le format de l\'armée de terreInterrogé sur un prochaine réduction du format de l\'armée de terre, qui inquiète énormément le chef d\'état-major de l\'armée de Terre, le général Bertrand Ract-Madoux, le ministre s\'est montré évasif. Le format de l\'armée de terre \"dépendra des missions qui lui seront assignées. Les forces opérationnelles sont constituées à l\'heure actuelle de 88.000 hommes. Rien ne dit que la maquette restera la même à l\'avenir. Tout dépendra de l\'évolution des menaces, mais une nouvelle réduction des effectifs n\'est en rien certaine\". Poussé dans ses retranchements un peu plus tard par les députés, il a estimé qu\'il n\'était \"pas certain que la diminution du format de l\'armée de terre porte atteinte à la qualité de nos forces spéciales. Je note votre inquiétude, mais je ne la partage pas.\"Enfin le ministre a promis que \"l\'armée de terre bénéficiera de 105 jours de préparation et d\'activité opérationnelle, exactement comme en 2009. C\'est un choix majeur à mes yeux\". Ce qui ne va pas ravir le général Ract-Madoux, qui avait regretté en juillet dernier de ne pas avoir assez de jour de préparation opérationnelle. \"Avec 111 jours en 2012 (de préparation opérationnelle contre 150 fixés par la Loi de programmation militaire, ndlr), je pense que l\'armée de terre est passée en dessous d\'un seuil plancher qui fait peser un risque sur la préparation opérationnelle, la réussite de la mission et donc la vie de nos soldats\", expliquait alors le chef d\'état-major de l\'armée de terre.

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