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Publié le 18 mars 2010 à 22:22 - Mis à jour le 18 mars 2010 à 22:22

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Dans le monde du voyage et surtout de ses escales, ce sont les nouvelles vedettes. Les hôtels s'arrachent les décorateurs ! En marge des plus grands qui ont confié leur intérieur à des Jacques Garcia, Pierre-Yves Rochon, Alberto Pinto, ou encore India Mahdavi, émerge une nouvelle génération de designers qui transforment des adresses en lieux de charme. Avec eux, pas de recette traditionnelle ou de bon ton obligé, mais à chaque fois une histoire différente, pour peu qu'elle colle parfaitement avec l'âme du lieu et de ses propriétaires.Ainsi de Patrick Gilles et Dorothée Boissier, alias Gilles&Boissier, qui ont fait leurs classes chez Starck, Christian Liaigre, et Olivier Gomez, et signent au restaurant La Villa, à Paris, leur premier projet en France après avoir travaillé à l'international. « Il n'y a pas de recette. L'important, c'est qu'il y ait une belle relation avec le client, ce qui peut donner parfois de grands écarts de style entre chaque réalisation. À La Villa, nous avons pensé aux palaces indiens des années 1920. Un choix de nostalgie avec une touche de contemporain. » Ici le sens du détail l'emporte sur le cliché, l'authentique sur le paraître, la création sur le politiquement correct. D'où une grande complicité entre le « metteur en scène » et le « producteur ». Bruno Borrione, diplômé de l'école Boulle et vingt-trois ans chez Starck où il a signé nombre d'intérieurs d'hôtel (Mondrian à Los Angeles, Sanderson à Londres, etc.), a, lui, décidé de voler de ses propres ailes en 2008. Il a relooké des hôtels parisiens, Le Placide à Saint-Sulpice, le Crowne Plaza aux Champs-Élysées et, aujourd'hui, la Maison Pic Relais&Châteaux à Valence. « C'est la personne que j'attendais depuis toujours », dit-il en parlant d'Anne-Sophie Pic, chef étoilé et propriétaire des lieux. Avec elle, il a pu travailler en totale complicité et défendre ses options. « Il faut savoir imaginer un espace public (réception) et un espace privé (les chambres et salle de bains). On peut être théâtral dans le premier, mais pas dans le second, plus intime. » Selon lui, le principal danger est de vouloir copier les plus grands. « Faire du Christian Liaigre en misant sur le style épuré avec moins d'argent, c'est vite triste et ennuyeux. » Bruno Borrione n'est pas un adepte du « design pur jus ». Il a envie de se lâcher et préfère jouer des couleurs, des formes et des matériaux. « Avant, tout le monde avait besoin de se rassurer en ayant le même style. Aujourd'hui, il y a tellement d'uniformité que cela me sert. Les clients sont prêts à innover et ressentent le besoin d'être bousculés, surtout ceux qui ont de la personnalité. »Même analyse chez Gilles&Boissier où l'on prédit la fin du total look : « Nous sommes à la fin d'une ère. Il faut passer à autre chose. Nous devons être comme un caméléon, prendre le meilleur pour satisfaire le client. Les bases sont moins esthétiques, mais plus humaines. Il faut replacer l'homme dans tout ça. » Bref prendre du recul par rapport au « tout déco ». Et aller chercher son inspiration dans ses racines et ses références culturelles. Ainsi Bruno Borrione comme Gilles&Boissier ne revendiquent pas de signature particulière mais cherchent à traduire les univers qui leur parlent. « Nous créons des ambiances qui sont comme un décor de théâtre ou de cinéma. On raconte une histoire au client après avoir défini la typologie des personnes qui fréquentent le lieu. C'est l'inverse d'un projet privé où il faut savoir s'oublier », souligne Dorothée Boissier. De son côté, Bruno Borrione puise dans les mises en scène : « Des mines d'idées sur l'ambiance, les jeux de lumière. Je préfère le théâtre au cinéma plus proche de la réalité et des volumes. Là on peut travailler sur les perspectives. » Le plus difficile ? « Ne pas céder à la facilité, éviter de faire du joli, concevoir un projet qui ne vieillit pas trop vite, et enfin trop coller à la clientèle actuelle de l'hôtel ou de son chef sans tenir compte de l'évolution. » La clef des songes ? Fuir les tendances pour retrouver le sens. Sophie Péters avec Béatrice Delamotte

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