Les acheteurs de yens ne désarment pas

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La Banque du Japon a eu beau mettre 25 milliards de dollars dans la balance lors de sa première intervention sur le marché des changes depuis six ans le 15 septembre dernier, rien n'y fait. Le yen pulvérise à nouveau des records de quinze ans face à la monnaie américaine, avec une montée jusqu'à 80,85, à une figure de son record historique d'avril 1995, battu à 79,75 pour un dollar. L'impuissance des autorités monétaires nipponnes à freiner l'envolée de la monnaie de l'archipel, malgré le retour à la politique de taux zéro et un nouveau programme de rachats d'actifs, est une mesure de l'aversion au risque qui caractérise les marchés depuis le début de la crise. Et qui font envers et contre tout du yen une monnaie attractive, parce qu'elle est l'apanage d'un pays dont le commerce extérieur est structurellement excédentaire, qui n'a pas besoin de capter l'épargne mondiale pour financer son déficit et qui est de ce fait un important pourvoyeur de capitaux à l'échelle de la planète. Aussi douloureuse que puisse apparaître la note d'un yen fort pour les autorités japonaises, qui n'ont que les exportations comme moteur d'une croissance poussive - loin, si loin des années fastes de la «croissance à la japonaise» - Tokyo se heurte à un mur qui n'avait pas, loin s'en faut la même hauteur en 1995. Il s'échange désormais 4.000 milliards de dollars par jour sur le marché des changes, selon les statistiques qui resortent de l'enquête triennale de la BRI, la Banque des règlements internationaux, rendues publiques fin août. Le couple dollar - yen fait l'objet de transactions quotidiennes portant sur 568 milliards de dollars, soit 73% de plus que lors de la dernière salve d'interventions de la Banque du Japon en 2004. Il faudrait une force de frappe autrement plus puissante que le lance-pierre utilisé, en solo qui plus est, par la banque centrale pour faire l'effet d'une arme de dissuasion auprès des acheteurs de yens. Mésaventure suisseC'est bien la mésaventure qui est arrivée à la Banque nationale suisse. Pour tenter d'interrompre la flambée de son franc face à la monnaie unique, elle a acheté 90 milliards d'euros, en vain, avant de baisser les bras en juin dernier. Dans la foulée, l'euro a encore cédé 11% de sa valeur, avant de commencer à faire l'objet de prises de bénéfices en septembre.Enfin, on comprend mieux pourquoi la Banque du Japon s'est contentée d'une seule incursion sur le marché des changes, à la demande du ministère des finances, à la lumière de la guerre des monnaies qui secoue la planète, au moment ou s'ouvrent les travaux préliminaires du G20. Une poursuite des interventions, à l'instar de celles de la Chine, n'aurait eu pour effet que d'alimenter les critiques de ses partenaires et de dégrader des relations internationales déjà très tendues.

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