Doisneau sans nostalgie

Il reste le photographe préféré des Français. Et pourtant. Ces dernières années, on en venait presque à se lasser des photos de titis parisiens de Robert Doisneau. De ces saynètes facétieuses et anecdotiques rabâchées jusqu'à plus soif. Et puis la Fondation Henri-Cartier-Bresson a décidé de s'en mêler. Et de concocter une formidable exposition (dont « La Tribune » est partenaire) qui dévoile le travail du photographe sous un angle nouveau, révélant une oeuvre bien plus complexe qu'il n'y paraissait.« Robert Doisneau fait partie de ces artisans qui ont beaucoup travaillé, au point où le métier a pris le pas sur l'oeuvre, confie Agnès Sire, directrice de la Fondation et commissaire de cette exposition. Mais il avait aussi besoin de prouver ? de manière réaliste ? que le monde dans lequel il vivait existait vraiment. » Ce sont donc ces images-là que la Fondation HCB a choisi de montrer aujourd'hui, préférant au célèbre « Baiser de l'Hôtel de Ville » une centaine de tirages d'époque réalisés entre 1929 et 1966 à Paris ou en banlieue. Puisés dans les archives du photographe ou dans des collections publiques et privées, ils n'ont pour la plupart jamais été montrés auparavant puisqu'ils n'étaient pas destinés à la presse ou à illustrer des livres.Monsieur Ali, l'africain« Doisneau était très lucide sur son travail, poursuit Agnès Sire. Il savait que ses reportages pour des journaux comme ?Life? l'obligeaient presque à s'autocaricaturer. » Alors, pour contrebalancer cela, il se lève à 4 heures du matin, va aux halles, suit les ouvriers, accompagne les gamins sur le chemin de l'école, reste aux côtés des ménagères pendant la journée. Et laisse apparaître avec une pointe de mélancolie et beaucoup de sobriété, un monde plus grave que celui qu'il donne à voir dans les magazines.Pas de nostalgie du vieux Paris ici. Qui aurait envie de dormir dans les taudis hérités de l'avant-guerre ? Mais une volonté de rendre hommage à ces hommes et ces femmes qui l'entourent et qu'il connaît si bien. Il y a, par exemple, Monsieur Ali, l'Africain, saisit du haut d'un balcon. L'homme, drapé d'un costume élimé éclairé d'une médaille ou d'un mouchoir blanc, pose bien droit devant sa maison. Un bidonville dans lequel il a réussi à faire pousser quelques fleurs. Il y a aussi ces clochards des bords de Seine. Ces gamins acharnés à ramasser le charbon sur les bords glacés du fleuve. Et ces artisans attendant patiemment de se faire recruter pour la journée. Plus inattendus encore ces paysages urbains, parfois désertés. L'usine, majestueuse parce qu'elle donne à ceux qui y travaillent un statut social. Ces banlieues dont l'espace est peu à peu grignoté par de grandes barres d'immeubles. Doisneau disait : « Photographier pour survivre. » Cette phrase prend tout son sens avec cette exposition. n« Robert Doisneau, du métier à l'oeuvre » à la Fondation HCB à Paris, jusqu'au 18 avril. www.henricartierbresson.org. Catalogue aux éditions Steidl, 224 pages, 35 euros.

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