Le verbe faucon de la BCE soutient l'euro

Malgré les nuages qui encombrent le ciel européen, la monnaie unique monte. Vendredi, l'euro a poussé une pointe jusqu'à 1,3835 dollar, un niveau voisin de son point haut de l'année atteint début février, avant de faire l'objet de prises de bénéfice. Cette montée en puissance a de quoi troubler, après le cuisant échec électoral de la chancelière allemande Angela Merkel, les freins mis par de hauts responsables allemands à l'extension du rôle du Fonds européen de stabilité financière, et l'imbroglio créé par la succession de Jean-Claude Trichet à la tête de la BCE fin octobre, avec le retrait de la candidature d'Axel Weber. Sans oublier les incertitudes créées par l'arrivée au pouvoir en Irlande d'une opposition (lire page 5) qui entend remettre en cause le plan de sauvetage de l'ex-Tigre celtique. Autant de nébulosités qui n'ont pas pesé sur l'euro, se cantonnant aux rendements à long terme. À la veille du week-end, les taux irlandais à dix ans ont renoué avec les points hauts du plus fort de la crise fin novembre, pour se négocier à 9,38 %, leur plafond de l'histoire de l'euro. Ils ont entraîné dans leur sillage les rendements portugais, le taux des emprunts d'État à dix ans se retrouvant propulsé à 7,57 %.L'inflexion se rapprocheOn peut enfin s'étonner de la percée de l'euro dans le contexte géopolitique troublé que créent les révoltes dans le monde arabe qui auraient dû restituer au billet vert son traditionnel rôle de valeur refuge. La hausse de l'euro a cependant une explication, qui est loin d'être désintéressée de la part des acteurs du marché des changes : il semble de plus en plus probable que ses rendements vont augmenter plus vite que ce qui était jusque-là anticipé. Les prises de positions contre le retour de l'hydre inflationniste d'une part grandissante des membres du conseil de la Banque centrale européenne laissent à penser que le calendrier de l'inflexion de la politique monétaire se rapproche. Déjà assorti d'une rémunération plus attractive que celle offerte sur le dollar - 1 % contre 0 %-0,25% - l'écart en sa faveur se renforcerait si la BCE décidait de relever rapidement le loyer de l'argent dans la zone euro. Il est d'autant plus probable qu'elle passe à l'acte avant la Réserve fédérale que l'Europe a enclenché une vitesse de croissance supérieure, au moment où les États-Unis semblent marquer le pas. La révision en baisse du PIB du quatrième trimestre, de 3,2 % à 2,8 % en rythme annualisé annoncée vendredi, a fait d'autant plus mauvaise impression qu'elle est imputable à une consommation moins dynamique qu'initialement annoncé.Isabelle Croizard

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