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Sommet des Brics : création d'un Sud alternatif et échec de l'Occident

La Tribune

Publié le 27 mars 2013 à 22:03 - Mis à jour le 27 mars 2013 à 22:03

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27 juin 2026

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S\'émanciper des Occidentaux et faire entrer l\'Afrique dans le club des émergents. C\'est ni plus ni moins le sens de ce cinquième sommet des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud) qui s\'est ouvert mardi à Durban sur le thème : \"Les Brics et l\'Afrique : un partenariat pour le développement, l\'intégration et l\'industrialisation\". Pas moins de 12 chefs d\'États africains y sont présents en qualité de personnes intéressées. Au programme, annoncer la création d\'un fonds commun de devises et d\'une banque de financement des infrastructures, et s\'accorder sur un certain nombre de positions en matière de politique internationale, notamment la diversité des valeurs à la non-ingérence.Les émergents veulent recréer le Sud\"C\'est un sommet extrêmement important\" explique Jean-Joseph Boillot, professeur agrégé en sciences sociales, membre du CEPII et co-auteur de \"Chindiafrique\" publié aux éditions Odile Jacob. \"Ce qui était initialement un club politique qui se réunissait avant le G20 devient l\'institutionnalisation d\'une alternative à Bretton Woods et à Davos\" explique-t-il. Si d\'un point de vue occidental, on pourrait avoir l\'impression d\'une prise de pouvoir des Brics, le chercheur recadre : \"non, c\'est le Sud qui s\'autonomise\". Autre point marquant. C\'est cette union affichée entre les émergents. De fait, sur le plan économique comme sur le plan politique, les Brics ne constituent en aucun cas un bloc homogène.Il y a d\'un côté le camp des régimes prônant un État dirigiste, Chine et Russie, réunis autour d\'une idée issue du consensus de Pékin qui prête une grande importance au respect mutuel et à la non-ingérence et qui privilégie les avancées économiques sur les avancées démocratiques. \"La vérité c\'est que la Russie n\'a rien à faire dans les Brics. Ce n\'est pas un pays émergent. Mais la Chine en a besoin pour ne pas être seule face au camp des démocraties et la Russie se pose en alliée de la Chine parce qu\'elle représente cette alternative dans le mode de gouvernance face aux Occidentaux\", note Jean-Joseph Boillot. Par opposition, le consensus de Washington prône, lui, le libre échange, les droits civiques et la démocratisation. Consensus auquel adhèrent traditionnellement le Brésil, l\'Inde et l\'Afrique du Sud. \"Il est très intéressant de voir que le Brésil, l\'Inde et l\'Afrique du Sud ont suivi la Chine et la Russie dans cette volonté de représenter une alternative. Cela montre que le monde occidental n\'a pas réussi à convaincre ces démocraties\", s\'étonne Jean-Joseph Boillot. Le fait que les trois démocraties des Brics aient choisi ce nouveau camp des non alignés montre qu\'en voulant imposer ses valeurs, l\'occident a échoué. \"Les institutions occidentales travaillent avec des systèmes de valeurs qui manquent d\'ouverture et des schémas pas toujours adaptés à la réalité du terrain\", explique-t-il. Ainsi le Premier ministre indien, Mohaman Singh, exprimait-il lui-même cette volonté de représenter une alternative il y a quelques jours, avant de s\'envoler pour Durban.L\'Afrique est la carte maitresse de cette stratégieEt dans ce jeu, l\'Afrique est la carte maîtresse. Bien sûr, elle abrite des ressources naturelles qui attisent les convoitises de la Chine et de l\'Inde qui en ont besoin pour nourrir leur forte croissance. Il est vrai aussi que face au ralentissement des économies occidentales, le marché africain peut constituer une variable d\'ajustement intéressante, notamment en ce qui concerne les produits à bas prix. Mais cette dernière donnée ne doit pas être surestimée. \"L\'Afrique reste un petit marché\", précise Jean-Joseph Boillot. De fait, selon un rapport de l\'OCDE de 2010, la classe moyenne africaine ne représentera pas plus de 7% de la classe moyenne mondiale en 2050 quand l\'Asie comptera pour 66%. Là n\'est donc pas l\'enjeu principal de ce sommet des Brics. \"La Russie et le Brésil n\'ont pas besoin des ressources naturelles africaines\", note d\'ailleurs Jean-Joseph Boillot. Selon lui, il ne faut pas voir dans ce sommet une tentative des Brics de mettre la main sur l\'Afrique sur un mode colonialiste à l\'occidentale.Au contraire, les Brics souhaitent continuer un mouvement entamé en 2011 avec l\'intégration à leur club de l\'Afrique du Sud, dont le statut d\'émergent est d\'ailleurs contesté par certains observateurs. \"En ajoutant le \'S\' à Bric, et en intégrant l\'Afrique à part entière, les Brics refont la conférence de Bandung en y ajoutant la Russie\", analyse Jean-Joseph Boillot, évoquant cette conférence tenue en 1955 et lors de laquelle les pays du Tiers monde choisirent de ne s\'aligner ni sur le bloc soviétique, ni sur le bloc occidental. Constituant ainsi une alternative. \"A la différence qu\'en 1955, ces pays étaient pauvres, maintenant ils sont riches\", relève le chercheur. Dans leur tentative de gagner en autonomie, ce sont donc les Brics qui ont besoin de l\'Afrique. \" Les Brics souhaitent prendre l\'Afrique à témoin en proposant cette alternative\", explique Jean-Joseph Boillot.\"Il n\'y a pas de diktat chinois\"Pourtant, des voix s\'élèvent en Afrique pour mettre en garde face aux liens resserrés entretenus notamment par la Chine et le continent. \"La Chine nous prend des matières premières et nous fournit des biens manufacturés. C\'était aussi l\'essence du colonialisme\", avait prévenu le gouverneur de la banque centrale du Nigéria Lamido Sanusi la semaine dernière, à quelques jours du sommet de Durban. De fait, \"les méthodes employées par la Chine pour augmenter son implantation en Afrique agacent\", concède Jean-Joseph Boillot. Selon le conseiller du CEPII, ces propos signifient qu\'il \"faut que dans sa relation avec ces géants, l\'Afrique développe des stratégies\". \"Il n\'y a pas de diktat chinois, explique-t-il. Les Africains vont prendre à tout le monde, ensuite, que le meilleur gagne\".Ainsi, mardi, le président du premier syndicat patronal sud-africain BUSA, Nomaxabiso Majokweni, expliquait il que si l\'Afrique du Sud prenait le chemin d\'un accord de libre-échange, elle se mettrait à la merci d\'un flux d\'importations bon marché de Chine qui ne sera pas bénéfique pour son industrialisation. Bref, l\'Afrique a compris qu\'elle était désormais l\'objet d\'une concurrence entre les Brics et l\'occident qui lui permet de faire valoir ses intérêts. \"Elle a su se mettre au centre\", conclut Jean-Joseph Boillot.

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