Bachelot vaccinée contre les experts de la grippe A

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Sans tambour ni trompette, les 1.080 centres publics de vaccination contre la grippe A vont définitivement fermer leurs portes à la fin de ce week-end. Depuis leur ouverture, début novembre, ils auront accueilli plus de 4,6 millions de personnes sur les 5,7 millions vaccinées à ce jour. Désormais, il faudra se rendre chez son généraliste, ou dans certains hôpitaux (un par département), pour être vacciné. Initialement, certains centres devaient continuer leur activité jusqu'en mars. Le ministère de la Santé vient d'en décider autrement. Parallèlement à cette fermeture, la cellule interministérielle de lutte contre l'épidémie H1N1, qui fonctionnait au ministère de l'Intérieur depuis le mois d'avril, va être mise en sommeil. Preuves que pour le gouvernement, le second pic de grippe A attendu par les experts pour février n'est plus d'actualité. L'épidémie semble bel et bien derrière nous. Au 28 janvier, l'Institut national de veille sanitaire (InVS) ne recensait plus que 84.000 consultations hebdomadaires liées au sympôme grippal (68 cas pour 100.000 personnes alors que le seuil épidémique est de 179). Ces consultations atteignaient 406.000 fin décembre. Quatre cas graves ont été déclarés contre 30 il y a un mois. Au total, la grippe A a cependant entraîné le décès de 275 personnes en France depuis novembre.La ministre reste muetteLa ministre de la Santé n'a pas médiatisé outre mesure cette fin d'épidémie. Oubliée sa vaccination devant les caméras, début novembre, de même que ses points de presse hebdomadaires et ses passages dans les journaux télévisés pour vanter l'efficience du plan de lutte contre la grippe A. Il faut dire que depuis quelques semaines, Roselyne Bachelot est sur la sellette à propos de ce plan, même si Nicolas Sarkozy est venu à son secours lors de ses voeux au monde de la santé, le 12 janvier, ce que François Fillon n'a toujours pas fait. La ministre doit se débattre avec ses millions de doses de vaccins en trop (94 millions commandées cet été). Si le gouvernement a mené à bien la revente de quelques centaines de milliers de doses à des pays étrangers comme le Quatar ou Monaco, il est toujours en négociation avec les laboratoires pharmaceutiques pour arrêter les conditions financières de sa décision d'annuler la commande de 50 millions de doses.C'est plus généralement toute la stratégie vaccinale du gouvernement qui est mise en cause, à gauche mais aussi dans les rangs de la majorité. À l'Assemblée, une commission d'enquête parlementaire va d'ailleurs voir le jour, en particulier pour savoir s'il était bien nécessaire de dépenser immédiatement 2 milliards d'euros (dont 1 milliard pour l'achat des vaccins). Au Sénat, une partie des sénateurs de gauche réclame, de leur côté, la création d'une seconde commission d'enquête, consacrée à l'influence des laboratoires dans la mise en place du plan gouvernemental. Les experts en accusation Désormais, les politiques tentent d'ailleurs de faire porter le chapeau aux experts médicaux. Au plan international, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) est mise en cause par le Conseil de l'Europe pour les liens existants entre les experts qu'elle consulte et les laboratoires pharmaceutiques producteurs de vaccins. Au plan national, ces experts qui gravitent aussi autour de la Direction générale de la santé (DGS) et de la ministre elle-même, sont aussi montrés du doigt. Au début de l'été, ils auraient volontairement noirci la situation au gouvernement pour « se couvrir ». En les écoutant, Roselyne Bachelot se retrouve aujourd'hui déstabilisée. Et sa carrière politique risque d'en souffrir.

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