Alain ne l'appelle jamais « Patrice » mais « Patrick ». Parce qu'il trouve que « ça lui va mieux ». Exceptionnellement, l'éditorialiste le plus célèbre de la Ve République, pionnier des débats politiques à la télévision et jeune retraité de 85 ans, évoque avec son petit frère, longtemps dirigeant de Radio France et de France Télévisions, leur relation infrangible. Une conversation intime, ponctuée de souvenirs, de sourires et de quelques cicatrices bien cachées.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Alain, vous êtes né en 1940, Patrice en 1945. Cinq ans d'écart, c'est beaucoup ?
ALAIN DUHAMEL C'est très différent. Je suis un enfant de la guerre. Né sous la IIIe République. Mes premiers souvenirs sont les bombardements et la Libération.
PATRICE DUHAMEL Moi, c'est l'après-guerre. La paix, la reconstruction. J'ai surtout grandi avec notre sœur Dominique, la cinquième de la fratrie [la mère d'Amélie Oudéa-Castera].
ALAIN DUHAMEL Moi, j'ai été élevé avec notre frère Jean-François. Très brillant, très carré, professeur de médecine, académicien...
Et avec Jean-François, ça se passait comment ?
A.D. Il m'exaspérait, mais j'étais profondément loyal. Il m'a quand même écrasé contre un arbre avec une voiture alors qu'il ne savait pas conduire...
P.D. Et tu ne l'as jamais dit à personne !
A.D. [En souriant.] C'est vrai. C'est resté entre nous pendant des décennies. Ce n'était pas rien. Deux ans d'arrêt maladie et j'ai dû suspendre mes études.
P.D. Ce n'était pas anodin. L'ambiance à la maison, ce jour-là, était vraiment dramatique.
A.D. Le chirurgien qui m'a opéré était un ami proche de notre père. Il venait de mettre au point une technique innovante en pneumologie. D'où ma cicatrice ici [Il montre son cou.]. Patrick, tu te souviens du foulard ?
P.D. Oui, tu en portais souvent pour la cacher.