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Mort de Thierry Ardisson : salut le Terrien !

Rémi Jacob

Publié le 14 juillet 2025 à 07:38 - Mis à jour le 14 juillet 2025 à 07:47

Thierry Ardisson est décédé à l'âge de 76 ans.

Thierry Ardisson est décédé à l'âge de 76 ans.

LTD/FRANÇOIS DARMIGNY

La Tribune Dimanche

N143 ● 28 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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L’« Homme en noir » s’est éteint ce 14 juillet à l’âge de 76 ans, au bout d’une vie jalonnée de succès cathodiques et de concepts visionnaires.

Ces dernières années, au bar du palace Le Meurice - où il donnait immuablement rendez-vous, à deux pas de chez lui -, il se plaisait à raconter sans tabou ce qu'il avait concocté pour son propre enterrement. Sa « playlist funéraire » - option Beatles et David Bowie - et son épitaphe (« Il avait des idées »). Mais également son souhait que soient présentes côte à côte pour lui dire un dernier adieu les trois femmes qu'il a épousées au cours de sa vie, dont la journaliste Audrey Crespo-Mara, qui l'aura accompagné jusqu'à la fin.

Très disert sur la mort, Thierry Ardisson l'avait même transformée en concept en 2022 dans son émission Hôtel du temps sur France 3, où il passait à confesse des personnalités défuntes grâce à l'IA. Idem quelques années plus tôt dans Tout le monde en parle, avec son « interview cercueil », au cours de laquelle son invité se livrait à une discussion post-mortem... en situation.

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Thierry Ardisson : « On a cherché à "cancelliser" l'homme blanc de plus de 50 ans que je suis »

Disparu ce 14 juillet à l'âge de 76 ans, au terme d'un combat contre le cancer, Thierry Ardisson aura marqué l'histoire de la télévision - c'est un euphémisme - grâce à sa liberté de ton et à son style maintes fois imité mais jamais égalé. Un destin hors norme qu'il était loin d'imaginer adolescent, sur les bancs de son collège d'Annecy, à deux pas du lac. Un père ingénieur dans le BTP, une mère au foyer, rien ne le prédestine alors à mettre les pieds dans le PAF. C'est la publicité qui l'y mènera.

À la fin des années 1960, il monte à Paris et se fait engager au culot dans plusieurs agences. Bingo. Il tape dans l'œil de ses boss avec ces slogans chocs. « Ovomaltine, c'est de la dynamite », c'est lui. « Vas-y Wasa », c'est encore lui. Tout comme « Lapeyre, y en a pas deux » ou « Quand c'est trop, c'est tropico ». Des formules accrocheuses passées à la postérité. Un « pubard » hors pair est né.

Sur le service public, il enchaîne pendant près de deux décennies les émissions à succès, rentrées au panthéon du petit écran : Lunettes noires pour nuits blanches, Double Jeu ou encore l'incontournable talk-show du samedi soir Tout le monde en parle, qui offrira pléthore de séquences devenues cultes.

Créatif, certes, mais surtout très méticuleux. Tendance control freak, le genre à ne négliger aucun détail. À l'image de ses relectures d'interviews, où il ne laissait passer aucune faute d'orthographe ni erreur typographique. Mais en échange de cette correction un brin professorale, TA - comme l'appelaient ses collaborateurs - vous gratifiait toujours avec humour d'une punchline supplémentaire bien sentie. Reprise par les confrères assurée.

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Un sens de la formule qui le distingue immédiatement des autres animateurs quand il débarque à la télévision sur le tard, à l'âge de 36 ans, après un passage par la presse écrite, notamment au magazine Rock & Folk. Niveau concept, sa toute première émission Descente de police lancée en 1985 sur TF1 donne le ton. Ses invités sont priés de se prêter à un faux interrogatoire pour le moins musclé. Ce programme auquel ne goûte guère la Haute autorité de la communication audiovisuelle s'arrête au bout de six épisodes. Mais la carrière de celui qui n'a pas encore fait de ses costumes sombres sa marque de fabrique est lancée.

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Elle explose sur La Cinq avec Bains de minuit, tournée au cœur de la mythique boîte de nuit parisienne Les Bains Douches, avant qu'Antenne 2 ne le débauche en 1988. Sur le service public, il enchaîne pendant près de deux décennies les émissions à succès, rentrées au panthéon du petit écran : Lunettes noires pour nuits blanches, Double Jeu ou encore l'incontournable talk-show du samedi soir Tout le monde en parle, qui offrira pléthore de séquences devenues cultes.

Tantôt à pleurer de rire (merci Laurent Baffie), tantôt déjantées (merci l'alcool servi en loges avant l'émission), mais toujours préparées minutieusement. Il suffisait de jeter un œil sur ses innombrables fiches écrites la veille de l'émission, façon moine copiste, pour mesurer l'incroyable force de travail de l'animateur-producteur.

Il y a deux sortes de milliardaires : le milliardaire façon Bernard Arnault, et le milliardaire idéologue, qui se sert de son pognon pour transmettre une idéologie : Trump ou Bolloré.
Thierry Ardisson

En 2006, brouillé avec le PDG de France Télévisions Patrick de Carolis, qui refuse qu'il continue à travailler en parallèle sur Paris Première, il met le cap sur Canal+. Le nom de son nouveau bébé : Salut les Terriens ! - un talk-show dans lequel s'entremêlent stars, strass, et provoc. Avec là encore un montage au millimètre car, menu détail, le taulier ne supporte pas le direct. Quiconque assistait à l'un de ses enregistrements à la Plaine-Saint-Denis découvrait un drôle de rituel lorsque les invités quittaient le plateau : « la farandole des prénoms ».

L'animateur-producteur, face à des doublures, rejouait un à un tous les lancements en citant le nom de ses invités pour peaufiner encore et toujours son talk-show. Tout soigner, à la perfection. Une télé trop chère pour Vincent Bolloré qui décide en 2019 de réduire drastiquement le prix de ses émissions, signant de facto la fin de sa collaboration avec lui.

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Entre TF1 et France Télévisions, la guerre est déclarée

Un épisode resté en travers de la gorge de Thierry Ardisson, qui consacrait à l'industriel breton quelques pages cinglantes dans L'Homme en noir, son dernier livre paru au printemps aux éditions Plon. « Il y a deux sortes de milliardaires : le milliardaire façon Bernard Arnault, et le milliardaire idéologue, qui se sert de son pognon pour transmettre une idéologie : Trump ou Bolloré », estimait-il dans une interview accordée à La Tribune Dimanche début mai à l'occasion de la sortie de cet ouvrage.

Après son départ du groupe Canal+, celui qui a été décoré en 2024 de la Légion d'honneur par Emmanuel Macron rebondira ensuite dans sa maison de cœur, France Télévisions. Mais c'est sur TMC que le public découvrira prochainement le documentaire que prépare depuis plusieurs mois Audrey Crespo-Mara et qui s'annonce extrêmement émouvant.

« Vous l'avez vu interviewer Mikhaïl Gorbatchev, Angelina Jolie, Robbie Williams, Mariah Carey, Brad Pitt, Jane Fonda, Robert De Niro, indique la journaliste dans le dossier de presse de TF1 dévoilé fin juin. Vous le connaissez, mais vous ne le connaissez pas. Ardisson, tout le monde en a parlé sans jamais approcher sa vérité. Mon ambition  : vous faire découvrir celui qui se cache derrière le costume de "L'Homme en noir" ». Sans nul doute le plus beau et personnel des hommages...

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BIO EXPRESS

6 janvier 1949

Naissance à Bourganeuf (Creuse)

1978

Il crée l'agence Business et lance ses premiers spots publicitaires

1998

Il lance Tout le monde en parle sur France 2, récompensé par un 7 d'or de la meilleure émission culturelle en 2000

2006

Il cartonne avec Salut les Terriens !, talk-show dans lequel il décortique l'actualité entre humour et férocité

2024

Le 29 décembre, il reçoit la légion d'honneur des mains d'Emmanuel Macron au titre « d'animateur, producteur de cinéma et de télévision »

Rémi Jacob

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