Pour L'Attachement, son cinquième film, après notamment Du vent dans mes mollets avec Agnès Jaoui et Les Jeunes Amants avec Fanny Ardant et Melvil Poupaud, la scénariste et cinéaste Carine Tardieu a choisi d'adapter à l'écran le roman d'Alice Ferney L'Intimité, publié aux éditions Actes Sud en 2020. On peut parler d'une libre adaptation dans la mesure où le film recentre le propos choral du livre sur un personnage principal, Sandra.
Cette dernière est une quinquagénaire féministe, libraire engagée et célibataire sans enfant revendiquée. Incarnée à l'écran par Valeria Bruni Tedeschi, elle se lie soudain d'affection pour le jeune fils de son voisin, en deuil de sa mère décédée en donnant naissance à sa sœur.
C'est donc cet « attachement » que raconte le film sans jamais lui donner, et c'est heureux, une cause unique ou définitive. Pourquoi Sandra baisse-t‑elle ainsi la garde ? Pourquoi ce petit garçon plutôt qu'un autre ? Pourquoi à ce moment-là de cette vie solitaire qu'elle a choisie et assume parfaitement ? Pourquoi entrer ainsi dans une intimité familiale dévastée par la mort ?
À l'instar de Montaigne parlant de son ami La Boétie, on a envie de répondre simplement : parce que c'était elle et parce que c'était lui. On sait gré à Carine Tardieu de ne pas nous livrer une thèse ou un traité de l'attachement, de nous éviter les questionnements sociétaux et les explications artificielles qui vont avec. S'ensuit a contrario un magnifique et bouleversant portrait de cette relation insolite et spontanée à la fois.