« Tout ira bien », « Bird », « Quiet Life »... Nos critiques cinéma de la semaine

Découvrez nos critiques cinéma de la semaine.
LTD/Atsushi Nishijima ; Les Films du Worso ; filmproduction/Nour films

Découvrez nos critiques cinéma de la semaine.
LTD/Atsushi Nishijima ; Les Films du Worso ; filmproduction/Nour films

Tout ira bien, de Ray Yeung, avec Patra Au, Maggie Li Lin-Lin, Tai Bo. 1 h 33. Sortie mercredi. (Crédits : LTD/filmproduction/Nour films)
Inspirée de faits réels, c'est une histoire simple. À dire vrai, on craignait qu'elle n'inspire qu'un film militant de plus, manichéen mais sans doute nécessaire pour exposer un genre de situation trop peu représentée au cinéma. Cette histoire, c'est celle d'Angie, une sexagénaire hongkongaise soudain confrontée au décès brutal de sa compagne Pat mais aussi au comportement de la famille prête à l'effacer de la succession...
Cette mésaventure vraisemblable dans n'importe quel pays aisé où l'homosexualité passe pour acquise, le réalisateur Ray Yeung la raconte avec assez de délicatesse et de profondeur pour qu'on en ressorte ému, attendri par ses deux actrices principales mais aussi troublé par chacun des membres de leur famille commune. Tous paraissent attachants, aimants, pas homophobes pour un sou. Mais en fin de compte pas si arrangeants qu'ils le prétendent : au fil de l'intrigue, ils multiplient les signaux laissant comprendre à leur chère tante en deuil qu'elle est une « amie » et que, après tout, ce qui concerne la « vraie famille » de Pat n'est plus forcément de son ressort...
Non, tout ne va pas bien se passer après la mort de Pat. Au détour de non-dits saisissants, le film expose comment Angie, la veuve, est subrepticement réduite au silence, toujours ramenée à la convenance et à l'obéissance, règles de base d'un paternalisme hétérosexuel enraciné dont elle se croyait affranchie. Cette violence sourde mais puissante, Ray Yeung, dont le cinéma revendique l'influence croisée de Yasujiro Ozu et d'Ang Lee, la met en scène avec d'autant plus de finesse que, dans cette jolie famille, tout le monde adore et respecte le duo solaire que formaient Pat et Angie, leur appartement chaleureux, leur humour, leur liberté, leur générosité aussi.
Mais tous ne s'en sortent pas aussi bien qu'elles. Le frère et la belle-sœur de Pat notamment, aigris par leurs revers professionnels, sont, tout compte fait, tentés de considérer le legs familial de leur sœur sous un nouvel angle. « Mais il ne fallait pas que l'on perçoive la famille comme des méchants, explique le réalisateur Ray Yeung. Je voulais que l'on soit aussi en empathie avec eux, que le spectateur s'interroge lui-même et sur son degré d'homophobie. Si c'était lui, que ferait-il ? »
Privée de sa compagne et même pas sûre de pouvoir garder son appartement, la veuve Angie traverse une déroute d'autant plus poignante que ceux qui deviennent ses « ennemis » sont sa seule famille et sont eux-mêmes persuadés d'agir pour le bien de tous. « Par ce film, j'aimerais faire prendre conscience du fait qu'on peut prendre soin de ses proches de multiples façons, indique le cinéaste. Aujourd'hui, beaucoup de couples hétérosexuels ne se marient pas, s'exposant à des complications juridiques. Et même marié, on peut avoir besoin d'un testament pour éviter les malentendus. C'est important de faire face à sa mort et, aussi, de savoir que ceux qui aujourd'hui vous soutiennent ne le feront peut-être pas pour toujours. »
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Bird, d'Andrea Arnold, avec Barry Keoghan, Frank Rogoswski, Nykiya Adams. 1 h 58. En salles mercredi. (Crédits : LTD/atsushi nishijima)
Après Americain Honey (2016) et Cow (2021), la cinéaste britannique Andrea Arnold marque avec Bird son retour au pays natal, le sud de l'Angleterre. À ses obsessions aussi : dans la veine de Fish Tank (2009), Bird ne lâche pas des yeux Bailey (Nykiya Adams), une adolescente précoce, métisse, androgyne, un poil refermée sur elle-même. Confrontée à ses premières règles, elle doit aussi tenir tête aux humeurs imprévisibles de parents junkies sur les bords.
Son père envahissant, joué par le magnétique Barry Keoghan, est un bad boy au grand cœur, tatoué dans tous les sens, établi dans un squat où il donne des fêtes assourdissantes et élève un crapaud dont le venin serait psychédélique... Sa mère, moins fantaisiste, plus distante, vit ailleurs sous l'emprise d'un sale type violent. Le seul ami de Bailey, c'est son téléphone portable, avec lequel elle filme des bribes de son quotidien, jusqu'au jour où elle rencontre Bird, un marginal à l'élocution hésitante, incarné par un autre acteur charismatique, Frank Rogowski.
Entrecroisant plusieurs fils narratifs et plusieurs numéros d'acteurs incarnant
des personnages a priori étrangers les uns aux autres, Andrea Arnold dresse ainsi
le tableau vivant et coloré d'une communauté pauvre mais avant tout libre, digne, souvent drôle et au besoin grande gueule. Sa mise en scène, élégante, pleine de ressorts, paraît séduisante mais parfois artificielle à force de jouer la carte des échappées oniriques et du ghetto plus cool que misérabiliste. Et ce bel habillage finit par prendre le pas sur un scénario chargé dont on ne comprend plus l'urgence et dont on oublie vite, en fin de compte, les enjeux.

Quiet Life, d'Alexandros Avranas, avec Chulpan Khamatova, Naomi Lamp, Grigoriy Dobrygin, 1 h 39. Sortie mercredi. (Crédits : LTD/Les Films du Worso)
En regardant Quiet Life, du cinéaste grec Alexandros Avranas, on pourrait croire
à l'invention d'un scénariste à l'imagination débridée, un amateur de science-fiction à l'état pur. Et pourtant non, le « syndrome de résignation », qui dans ce film frappe les deux filles d'un couple d'exilés russes réfugiés en Suède, existe bel et bien et tend même à se développer au fil des mouvements migratoires.
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Parce que l'asile est refusé à leur famille, les deux sœurs tombent l'une après l'autre dans un état végétatif, véritables petites princesses déchues au bois dormant. Rien ni personne ne semble pouvoir les faire sortir de ce quasi-coma. Le tout dans un environnement orwellien dans lequel les autorités suédoises se complaisent avec délectation. Tout devient glacé et glaçant. L'indéniable réussite du film, c'est précisément de nous plonger nous aussi au cœur de cette implacable machine bureaucratique et de nous prendre à témoin de sa terrifiante banalité.