Le film sort sur les écrans et on espère qu'il effacera ce premier accueil en demi-teinte. Mais qu'est-ce qui fait le charme indéniable et subtil de ce film aux accents assurément tchékhoviens ? En premier lieu son impeccable casting féminin, un duo composé de Paula Beer et Barbara Auer.
La première incarne Laura, une jeune femme qui, à la suite d'un accident de voiture et d'un deuil, s'installe dans la jolie maison isolée où vit la seconde, Betty, alors que les deux femmes ne se connaissent pas. Et Petzold de jouer avec élégance et brio de cette singulière situation de départ qui fait naître chez le spectateur autant de questions sur l'identité de ces deux femmes, leur passé, leur entourage proche et ces surprenants liens qui les unissent presque immédiatement.
On se gardera bien d'apporter les réponses que donne progressivement un récit volontairement parcellaire. D'autant plus que l'essentiel est ailleurs : dans la capacité qu'a le cinéaste d'instaurer un climat étrange où rôdent non-dits et fantômes, vivants et morts, ombres et lumières, comme dans les meilleurs films de Hitchcock, les plus troublants donc, Vertigo en tête.
La totale réussite de ce film repose sur cette étrange alchimie, sur le fil, à l'image d'une fin qui claque comme un coup de fusil et nous rappelle combien Christian Petzold exerce son art d'une main de maître.