La Suisse célèbre l'un de ses plus célèbres peintres qui est... français. Félix Vallotton, né à Lausanne en 1865, gamin réservé et caustique, fut davantage passionné par les humains que par la beauté du lac Léman. Très tôt, il se lasse de ses raisonnables concitoyens et des montagnes immobiles. Contrairement à Ferdinand Hodler, peintre 100 % suisse, contemporain de Vallotton qui a placé les grandioses paysages helvètes au cœur de son œuvre, Vallotton s'est peu intéressé à la moindre collinette et jamais à la plus petite portion de raclette.
Le môme rêve de Paris. Ses parents, d'austères bons bourgeois protestants, n'appartiennent pas au milieu artistique. Le père est dans la fabrication de chocolat, ça ne s'invente pas. Dès l'enfance, Félix préfère croquer ses contemporains que des tablettes de chocolat. Il quitte la Suisse en 1882, à l'âge de 16 ans, et meurt à Paris des suites d'une opération en 1925. Il y a cent ans.
À Paris, de 1882 à 1885, Vallotton suit les cours de l'Académie Julian, très à la pointe. Il développe ses connaissances de l'art en fréquentant assidûment le Louvre, dévorant les tableaux de Holbein, d'Ingres et de Dürer (1471-1528), considéré comme le grand maître de l'art de la gravure. Vallotton deviendra un graveur étoile dont les scénettes en noir et blanc en mettent plein les mirettes.
À la fin du XIXe, Paris grouille de cafés, de salons littéraires où artistes, intellectuels et philosophes se retrouvent. Vallotton y perd son accent mais pas son latin. Il développe son savoir, devient ami de Verlaine, de Mallarmé qui lui passera commande. La Revue blanche et Toulouse-Lautrec le soutiennent. Il y a pire.