A partir de ce vendredi 10 janvier, le Quai de la Photo à Paris présente Hommage, une exposition de Franck Desplanques. À travers son objectif, il célèbre six communautés autochtones dont la résilience, la sagesse et la créativité ont marqué sa vie et son art. Le rédacteur en chef de Rendez-vous en terre inconnue témoigne, à travers des photographies vibrantes, du rôle vital de ces peuples, gardiens silencieux de 80 % de la biodiversité mondiale.
Pendant 35 ans, Franck Desplanques a arpenté les confins du globe, caméra ou appareil photo à la main, mais surtout le cœur ouvert. Rédacteur en chef de Rendez-vous en terre inconnue, il ne se contente pas de capturer des images : il tisse des liens. Chaque cliché est le fruit de mois de recherches et de rencontres. « Ces communautés sont le reflet de ce qu'on aimerait être ou de ce qu'on a perdu », traduit-il.
Loin d'être un simple observateur, Desplanques s'engage. En Sibérie, avec les Nénètses, cet « arpenteur engagé » a aidé, aux côtés de Médecins du monde, à la création d'un système de santé pour les nomades de la toundra. « Former les techniciens de santé, c'était une chose. Mais les faire reconnaître par les autorités russes... C'était le vrai combat. »
Les communautés autochtones, que Franck Desplanques appelle affectueusement « les flamboyants », incarnent une générosité et une solidarité que nos sociétés modernes ont oubliées, défend le photographe. Apprenti sous l'aile de la grande Françoise Huguier dans les années 1980, le jeune Desplanques affine sa sensibilité. Dès lors, son travail s' inscrit au-delà du documentaire.
« Ces peuples vivent dans des conditions extrêmes où la survie dépend du groupe. Leur capacité à partager et à coopérer est un exemple à suivre, professe-t-il. En France, on est souvent repliés sur nous-mêmes. Les flamboyants nous montrent une autre voie : celle de la générosité. »
La photographie comme lien et mémoire
Pour lui, la photographie est bien plus qu'une captation visuelle. C'est un moyen de « conserver la mémoire » des personnes rencontrées, un témoignage essentiel face à l'érosion culturelle et, à titre personnel, une forme de méditation. Il raconte : « Dans ces communautés, tout foisonne. Les lumières, les détails... La photographie m'aide à organiser mon regard et à comprendre ce monde foisonnant. »
Newsletter
La Tribune Dimanche
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.
Desplanques ne se contente pas de figer des moments, il les transforme, les amplifie. Son art se nourrit de ces rencontres humaines et des perspectives uniques qu'elles offrent. Pour traduire la vision unique des couleurs des Mentawaï d'Indonésie, par exemple, il a utilisé l'infrarouge. « Ils voient des nuances que nous ne voyons pas. Grâce à l'infrarouge, la forêt prend des teintes violettes et rouges, des couleurs fondamentales pour eux. »
À travers Hommage, Desplanques espère éveiller les consciences, se faire porteur d'un message, celui des peuples racines. « La différence est une richesse. Dans un monde qui se replie sur lui-même, ce serait une perte immense de voir disparaître ces cultures. » Chaque histoire exposée au Quai de la Photo devient une fenêtre ouverte sur l'essence même de l'humanité. Une façon de nous inviter à renouer avec l'essentiel.
C'est pourquoi Hommage ne se limite pas à un simple passage au Quai de la Photo. Itinérante, comme son auteur, l'exposition partira en tournée à travers la France à partir du mois de mars. Une autre forme de voyage initiatique soutenue par le magazine Natives, à la fois catalogue du projet et invitation au prolongement du dialogue. Et Franck Desplanques d'insister : le combat des communautés autochtones pour protéger leurs terres et leur identité est aussi le nôtre.
GALERIE
LES SURI D'ÉTHIOPIE
Au sud-ouest de l’Éthiopie, au carrefour des frontières avec le Kenya et le Soudan du Sud, le puissant fleuve Omo serpente en des dizaines de méandres. Les Suri sont l’une des huit minorités qui peuplent cette vallée reculée (Crédits : LTD/Franck Desplanques)
Réputés insoumis, réfractaires à toute autorité, les Suri connaissent un réel isolement. (Crédits : LTD/Franck Desplanques)
LES MENTAWAÏ D'INDONÉSIE
Les îles Mentawai constituent un petit archipel situé à environ 150 kilomètres au large de la côte ouest de Sumatra, en Indonésie. (Crédits : LTD/Franck Desplanques)
L’archipel se compose de quatre grandes îlesSiberut, Sipora, North Pagai et South Pagai et d’une quarantaine d’îles plus petites. Un isolement géographique probablement à l’origine de la préservation d’une des plus anciennes cultures au monde. (Crédits : LTD/Franck Desplanques)
LES KOGIS DE COLOMBIE
Difficile d’imaginer une communauté plus empreinte de spiritualité et de philosophie. Pénétrer l’univers des Indiens Kogis est une sorte de voyage en apesanteur au « cœur du monde ». (Crédits : LTD/Franck Desplanques)
C’est ainsi que les Kogis nomment la Sierra Nevada de Santa Marta, au nord de la Colombie, leur territoire, la « Terre Mère ». (Crédits : LTD/Franck Desplanques)
LES INUGHUIT DU GROENLAND
Le Groenland est une destination mythique, qui fait rêver les explorateurs depuis toujours, la terre des extrêmes et une sentinelle des changements climatiques mondiaux. Les Inughuit vivent à la pointe nord-ouest de l’île, là où il n’y a plus de route. (Crédits : LTD/Franck Desplanques)
Une vie à mi-chemin entre cercle arctique et pôle Nord, entre modernité et traditions millénaires. (Crédits : LTD/Franck Desplanques)
* L'exposition Hommage est à découvrir à partir de ce vendredi 10 janvier et jusqu'au 28 février 2025 et se prolongera à travers une tournée itinérante en France, accompagnée du magazine Natives.