Il est plutôt un habitué des cinq étoiles : La Mamounia à Marrakech, le Costes à Paris ou La Réserve à Genève, qu'il a rhabillés de sa touche baroque... Là, dans l'Eure, au milieu d'une plaine betteravière à une demi-heure d'Évreux, il n'en a obtenu que trois. Mais ces petites étoiles en lettres noires représentent la plus haute distinction du guide vert pour un site touristique : « vaut le voyage ».
Cette fin mars, le décorateur Jacques Garcia les a officiellement reçues pour son château du Champ-de-Bataille. Ce palais des champs tombait en ruine lorsqu'il le racheta en 1992 près du Neubourg, bourgade rurale loin des grands hôtels de Deauville ou de Cabourg. Plus de trois décennies plus tard, le voilà surnommé « le Versailles normand », ceint des plus grands jardins privés d'Europe ouverts au public, sur 45 hectares.
Ce passionné des XVIIe et XVIIIe siècles a fait de ces vieilles pierres l'écrin de sa collection d'objets royaux dispersés à la Révolution : un salon dallé de marbres - « l'équivalent alors d'un yacht ou d'un avion privé », glisse-t-il -, des portraits de Louis XIV, des vases en porcelaine de Sèvres... Une danseuse ? « Plutôt une dizaine de corps de ballet », rétorque le seigneur des lieux, en veste de velours noir au pied d'un escalier majestueux. « J'y ai investi cinquante ans de succès planétaire, sans femme ni enfants qui m'auraient mis sous tutelle face à ce gouffre financier, plaisante le créateur. Ici, je suis passé de décorateur coiffeur manucure à décorateur industriel. »