D'abord, on a adoré le sous-titre : Des Brontë aux Kardashian, enquête sur les fratries féminines. Quelle bonne idée, de lier les sœurs tourmentées et valeureuses du XIXe à une lignée de superstars puissantes tout en seins et en fesses. Tout comme celle de faire claquer le formidable impensé contenu dans cette seule expression : « fratries féminines ».
L'essayiste Blanche Leridon mêle histoire personnelle, littérature, pop culture et sociologie. Elle démontre que ces lignées de sœurs ont longtemps été considérées comme un poids, un échec pour une famille... et surtout de futures épouses à caser. Qu'elles soient nées Bennet ou March, même combat : « Quand on est une fratrie de sœurs, il faut lutter. Lutter pour éviter de sombrer dans la misère, lutter pour imposer son identité propre dans un ensemble qui vous dépasse
et vous confond. »
On retrouve d'ailleurs semblable schéma dans la littérature japonaise avec les quatre sœurs Makioka : ordre et convenance avant tout. Aux injonctions liées au genre s'ajoutent celles relatives au rang : l'aînée doit être sage, la deuxième plus intellectuelle et émancipée et la dernière drôle et espiègle. Souvenez-vous des sœurs Ingalls ou des trois sœurs de Tchekhov. Dans l'art ? Même punition : « Pécheresse, bigote ou abstraction : voici les trois destins "iconographiques" auxquels les sœurs sont promises. » Ajoutons à cela la jalousie forcément congénitale qu'on leur prête et nous comprenons mieux que les sœurs aient du mal à créer du « nous ». Kate et Pippa, Serena et Venus, autant de rivalités réelles ou supposées qui résonnent avec celles qui agitaient déjà... les déesses grecques. N'est-il pas grand temps de repenser la notion de sororité ?