Echec et mat en six coups : l'histoire de France mieux que Game of thrones et House of cards
L'Odissée
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La clé de voute du centralisme français est un Roi-Soleil, Roi-Dieu. Jupiter n'a pas surgi par hasard dans le débat public. Les gilets jaunes ne disparaissent pas ni parce qu'ils auraient obtenu gain de cause, ni parce que leurs arguments seraient réfutés, mais parce qu'ils font face à une force construite en treize siècles qui maîtrise tout.
Les rois de France ont gagné au grand jeu du pouvoir. La concentration des deux pouvoirs temporel et spirituel dans les mains du Chef de l'Etat français s'est opérée en six actes, à décomposer entre le Roi, la Noblesse, le Clergé et les forces vives de la société.
En 752, le Maire du Palais chasse les Lombards d'Italie du Nord :
En Europe, seul le royaume d'Aragon des Wisigoths avait alors pratiqué le sacre, tous les autres royaumes s'en tenant au couronnement. Ainsi en Allemagne, l'Empereur était choisis par les grands électeurs ; en Angleterre, en Europe du nord, en Espagne, au Portugal, les souverains étaient couronnés : ils reçoivent l'onction, mais ne sont pas sacrés.
En 1226, Blanche de Castille devient régente alors que Louis IX[1] n'a que douze ans. Première femme à occuper le pouvoir, étrangère, elle fait face à une rébellion des nobles qui tentent d'enlever son fils. Pour contrer la Noblesse, le jeune Roi donne des gages à l'Eglise pour se la rallier :
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Il s'oppose aux injustices locales des barons au point d'être encore représenté comme rendant la justice sous un chêne.
Entre 1295 à 1309, le Roi de fer joue une partie d'échecs en six attaques qui lui permettent de placer la papauté sous sa coupe [4] :
La domination du système français sur l'Eglise est telle que les sept papes d'Avignon seront tous français [6].
En 1438, Charles VII réduit les prérogatives du Saint-Siège sur l'Eglise de France. La Pragmatique sanction de Bourges :
En 1454, il fait procéder à la rédaction des Coutumes. En se posant comme garant et organisateur unique du droit, il devient Fontaine de Justice, appellation que conserveront ses successeurs. Il acquiert le monopole de la force morale, qui le place seul au-dessus à la fois de la Noblesse et du Clergé.
En 1516, fort de la victoire de Marignan, le jeune Roi de France (19 ans, couronné neuf mois plus tôt) impose le Concordat de Bologne :
Les familles qui souhaitent obtenir les avantages liées aux charges ecclésiastiques n'ont dès lors d'autre choix que d'entrer dans le parti du Roi, devenu parti unique. C'est la fin des contrepouvoirs.
Par la Déclaration de Saint-Germain du 10 février 1673, Louis XIV étend le Droit de régale aux évêchés du Midi qui y échappaient. Surtout, en 1682, avec la Déclaration des quatre articles :
Devenant le Roi Soleil ou Roi-Dieu [9], Louis XIV concentre les pouvoirs en sa seule personne : « L'Etat c'est moi » signifie au fond « L'intérêt général, c'est moi ». Il instaure une centralisation extrême du pouvoir royal :
Ainsi, la France revêt une spécificité qui la marque en profondeur : le monarque français occupe le siège du pouvoir temporel, mais aussi celui du pouvoir spirituel. En France, non seulement le chef de l'Etat décide, mais il est aussi le super sage, seul à pouvoir dire le juste. Cette absence de dialectique au sommet de la société positionne le dirigeant dans l'omniscience. Aux yeux des Français, il ne peut donc commettre d'erreur. Aussi, ils acquiescent à cette supériorité, y sont attachés et réclament qu'il exerce son pouvoir en toutes choses [11] : le chef omnipotent est perçu et attendu comme tel.
Incontestable, le chef d'Etat français n'est jamais remis en cause, sauf par la fronde révolutionnaire, laquelle ne pouvant l'emporter que lorsque les finances publiques sont dans l'impasse et le chef dans l'impuissance. Voilà pourquoi construire un changement serein reste impossible en France, sauf à enfin organiser un vrai dialogue avec toute la société.

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[1] Louis IX a régné de 1226 à 1270.
[2] Pendant la sixième croisade, de 1249 à 1254, il fut fait prisonnier et libéré grâce au paiement d'une lourde caution par les Templiers. La septième croisade en 1270 ne dépassa pas Tunis où il mourut, victime de la peste.
[3] achetées très cher à l'Empereur de Constantinople Baudouin II.
[4] L'état social de la France 2010, L'Odis sous la direction de Jean-François Chantaraud, La Documentation Française, page 258.
[5] Les Templiers faisaient partie de l'Ordre du Temple, ordre religieux et militaire international issu de la chevalerie chrétienne. Ils furent arrêtés au cours d'une même journée, le 13 octobre 1307, sous les ordres du roi Philippe IV. Cela, alors même que la rançon qu'ils avaient versée avait permis d'arracher son grand-père aux geôles du sultan égyptien en 1250.
[6] Bertrand de Got (archevêque de Bordeaux) - Clément V (1305 - 1314) ; Jacques Duèse (évêque d'Avignon) - Jean XXII (1316 - 1334) ; Jacques Fournier - Benoît XII (1334 - 1342) ; Pierre Roger - Clément VI : (1342 - 1352) ; Etienne Aubert - Innocent VI : (1352 - 1362) ; Guillaume Grimoard - Urbain V : (1362 - 1370) ; Pierre Roger de Beaufort - Grégoire XI : (1370 - 1378).
[7] Versement au Saint-Siège d'une année de bénéfice ecclésiastique, dû après le décès du bénéficiaire ou le transfert de propriété du bénéfice.
[8] Le gallicanisme est une doctrine religieuse et politique qui sous-tend l'organisation d'une Église catholique de France largement autonome du pape.
[9] Noël est proche du solstice d'hiver, Pâques est proche de l'équinoxe de printemps : héritier de cultes païens, le catholicisme reste lié au soleil.
[10] Jean-Christian Petitfils, La Nouvelle Revue d'Histoire, sept-oct 2010.
[11] Lors de la dernière réunion des Etats-généraux, en 1614, c'est le Tiers-état qui introduit lui-même la proposition de reconnaitre l'autorité du Roi de France, "monarque de droit divin", comme supérieure à l'autorité papale.
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NOTES
(*) Afin d'éviter les écueils des faux dialogues générateurs de suspicion, de rupture et de conflits, La Tribune ouvre ses colonnes à l'Odissée. Pilotée par son directeur et expert de la dialectique, Jean-François Chantaraud, la chronique hebdomadaire « Ne nous fâchons pas ! » livrera les concepts, les clés opérationnelles de la méthode en s'appuyant sur des cas pratiques et sur l'actualité.
L'Odissée, l'Organisation du Dialogue et de l'Intelligence Sociale dans la Société Et l'Entreprise, est un organisme bicéphale composé d'un centre de conseil et recherche (l'Odis) et d'une ONG reconnue d'Intérêt général (les Amis de l'Odissée) dont l'objet consiste à "Faire progresser la démocratie dans tous les domaines et partout dans le monde".
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