En ouvrant courant février, le Saint Laurent Sushi Park Paris, rue du 29-Juillet à Paris, la maison de couture Yves Saint Laurent (groupe Kering) savait très bien où elle mettait les baguettes. La gastronomie sous toutes ses formes (haute gastronomie, bistrot, café, pop-up...) apporte un supplément d'âme à cet univers.
En rachetant ainsi le truculent bistrot Chez l'Ami Louis en juin 2024, le groupe LVMH se félicitait de pouvoir rabattre sa clientèle au-dessus du poulet rôti (120 euros pour deux personnes) et sa salade verte (35 euros). La gastronomie, la « food », est devenue le nouveau carrefour des cultures. On y mêle notoriété des réseaux sociaux, sushis haute couture, sauces expérimentales, cappuccino siglé, tomates farcies « de la grand-mère » et sole meunière.
Du reste, les célébrités le savent bien : afficher un penchant pour la gourmandise leur donne une humanité nouvelle et rassure les followers les découvrant au-dessus d'un pot‑au-feu familial. La « bouffe » parle à tout le monde : le poke bowl, le croissant au Nutella, le kimchi coréen, les fauxmages (fromages végétaux) déclenchent illico des débats enchantés. Et la mode, le luxe savent trop bien que la capillarité fonctionne à fond. Il y a vingt-huit ans déjà, l'Emporio Armani Caffè affichait dans l'ancien drugstore de Saint-Germain-des-Prés l'étrange association de la nourriture odorante et des vêtements siglés, magnifiée par une ventilation idoine.
Pas grave, semblait reprendre le concept store Colette, toujours à Paris, élargissant l'univers de la mode non seulement à la musique, aux magazines de mode mais aussi aux pâtes à la carbonara. Depuis, le chianti a coulé sous les ponts et on ne compte plus les marques qui ont tenté une incursion dans le genre avec plus ou moins de bonheur : Ralph's pour Ralph Lauren (Paris 6e), le café-librairie Chaîne d'Encre chez Hermès (Paris 6e) ou, pas mal dans son genre, le 19M, le QG des onze maisons d'artisans de Chanel, au rez-de-chaussée du bâtiment signé Rudy Ricciotti (Paris 19e).