Sculpture : Angelin Preljocaj danse avec Rodin
Daniel Schick
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« La Tribune Dimanche » est allé à la rencontre de Rodin avec le chorégraphe Angelin Preljocaj.
LTD/JOEL SAGET/AFP
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« La Tribune Dimanche » est allé à la rencontre de Rodin avec le chorégraphe Angelin Preljocaj.
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Attention, falsification de corps. Si les sculptures tellement expressives de Rodin (1840-1917) semblent réalistes, un nombre impressionnant de ses œuvres sont des inventions. Le maître est un bricoleur d'anatomie et un « décapiteur ». Rodin ne s'encombre pas. S'il veut montrer un homme qui marche puissant et déterminé, il ne sculptera que ses jambes sans se sentir obligé d'offrir à son marcheur, bras et tête. Les sculptures antiques sont-elles moins fascinantes, émouvantes parce que des pièces se sont détachées ? Le maître était bouleversé par ces êtres amputés.
Autre spécialité maison, Rodin distord les corps, créant de fausses proportions. Les pieds de son penseur sont des panards démesurés afin de montrer que si l'homme pense, il n'en est pas moins ancré dans sa condition d'humain. Si ses pensées sont méandreuses, il a les pieds sur terre. Avec Rodin, prendre garde. L'œuvre harmonieuse composée de deux mains qui se rejoignent appelée La Cathédrale, hommage à l'architecture gothique, est un leurre.
Les deux mains qui semblent complémentaires sont tout simplement les mêmes, deux mains droites. Rodin est également l'auteur d'associations simples et efficaces. Pour une de ses sculptures, il assemble le visage de Camille Claudel et deux mains qui le masquent en partie. C'est tout, mais tout est dit, tout est là, la séparation, la tristesse, la douleur. L'œuvre s'appelle L'Adieu.
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Cassant les codes, Rodin fut rejeté, détesté. Ses œuvres furent refusées dans les salons officiels au point qu'il dut créer sa propre exposition, place de l'Alma, en 1900. L'événement le mit en orbite mais l'establishment ne cessera de marginaliser le « rustre » né dans un milieu modeste.
Daniel Schick