HOMMAGE. Alain Genestar : « Salgado écrit avec de la lumière »
Propos recueillis par Alexandre Lazerges
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Chaîne de montagnes du Marauiá, territoire indigène yanomami.
LTD / Sebastião SALGADO
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Chaîne de montagnes du Marauiá, territoire indigène yanomami.
LTD / Sebastião SALGADO
Il pleure un ami. Créateur de Polka Magazine en 2007 et ancien directeur de la rédaction de Paris Match (1999-2006), Alain Genestar publiait régulièrement les clichés du photographe mort à 81 ans des suites d'une maladie chronique contractée lors de ses voyages. Il allait d'ailleurs se rendre à Reims le 24 mai à l'inauguration de l'exposition de vitraux tirés des œuvres de son deuxième fils Rodrigo, atteint de trisomie 21, qui ne s'exprime que par la peinture. Lélia, sa veuve, a choisi de maintenir le vernissage en hommage à son mari.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Quand est-ce que vous avez parlé à Sebastião Salgado la dernière fois ?
ALAIN GENESTAR — C'était il y a une dizaine de jours. Il souhaitait se reposer, il était très fatigué ces derniers temps. Il essayait de se préserver, car il voulait être en forme pour le vernissage de l'exposition de son fils Rodrigo, et on ne pouvait pas imaginer que sa mort allait être aussi brutale.
Quelle a été votre toute première rencontre avec Sebastião Salgado ?
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Il est venu me voir à la rédaction de Paris Match avec son épouse Lélia. Il sortait d'une profonde dépression après son retour du Rwanda en 1994, qui l'a vraiment épuisé par sa violence. Comme il faisait tout à fond, plutôt que d'y rester trois jours, il est resté plusieurs semaines à photographier le génocide. Il m'expliquait qu'il a failli mourir, il disait que la mort était passée par son objectif, à travers ses yeux, était rentré dans sa tête, dans tout son corps. C'était toujours très imagé quand il parlait. Il s'en est sorti grâce à l'amour de sa femme, qui l'a convaincu de planter des arbres avec elle au Brésil. C'est grâce à ce retour à la nature qu'il a eu une envie de reprendre ses appareils photos. Après l'horreur, il voulait photographier la nature. Il disait : « Ce sera mon message ; j'en ai montré les blessures, maintenant je vais montrer la beauté de la Terre et montrer qu'elle est sauvable. »
Propos recueillis par Alexandre Lazerges