L'Afrique des Grands Lacs est-elle au bord d'un conflit régional ? Trois jours après le secrétaire général de l'ONU Antonio Gutteres, le Burundi s'est à son tour inquiété d'une possible propagation des combats qui se déroulent actuellement au Kivu, cette région dans l'est de la République démocratique du Congo.
En cause, l'implication supposée de soldats rwandais aux côtés du M23, ce mouvement rebelle qui s'est emparé de la ville de Goma cette semaine et qui menace désormais l'autre grande localité de la région, Bukavu. Acculé, le Président congolais Félix Tshisekedi appelle la communauté internationale à agir et à sanctionner le régime de Kigali. Pour La Tribune Dimanche, la porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, réplique et défend la position de son pays.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Le ministre des Affaires étrangères français Jean-Noël Barrot a appelé cette semaine les troupes rwandaises à quitter la RDC. Comment réagissez-vous à cette demande ?
YOLANDE MAKOLO — Je pense que la France, plus que tout autre pays, comprend ce à quoi le Rwanda fait face en termes de sécurité. La crise que traverse cette région de RDC qui nous affecte. Nous aurions donc pu attendre donc une analyse plus nuancée de sa part. Le Rwanda n'est pas intéressé dans ces propos simplistes qui, s'ils ne contribuent pas à résoudre cette crise, ne devraient au moins ne pas l'aggraver, en pointant du doigt le Rwanda. Cela ne fait que renforcer les belligérants. J'aurais préféré entendre de la part d'un officiel français un appel très clair aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR, ndlr), ces milices responsables du génocide rwandais qui ont trouvé refuge en RDC, de quitter ce pays. Ils y sont depuis trente ans. La Monusco (Force de l'ONU en RDC, ndlr), est d'ailleurs elle aussi présente dans cette même région depuis trente ans. Elle était supposée désarmer les FDLR et les autres groupes armés présents sur place. Mais elle a complètement échoué dans cette mission. Cela coûte pourtant un milliard de dollars par an et mobilise des milliers de soldats. Je vois aussi qu'il n'a pas été demandé à la RDC de se justifier sur son recours à des combattants étrangers. C'est un si grand pays avec une armée très importante. D'accord, il est désorganisé, corrompu, inefficace. Mais il y a des forces étrangères, notamment européennes, qui combattent au côté des Forces armées de RDC (FARDC, ndlr).