« Les gens comme moi sont naturellement attirés par les obsessionnels, ceux qui poursuivent leur idée contre le monde, qui brûlent d'un grand feu et n'ont pas besoin de chercher, à l'extérieur, des raisons de croire et d'exister », confie Rudy, le journaliste qu'Abel Quentin a mis au cœur de sa Cabane.
L'« obsessionnel » sur les traces duquel part ici le narrateur-enquêteur est un génie norvégien des mathématiques devenu un prédicateur hanté par la surpopulation depuis qu'il a, avec trois autres spécialistes de la dynamique des systèmes, concouru à l'élaboration du « rapport 21 ». Ainsi Abel Quentin a-t‑il rebaptisé un rapport bien réel tombé dans l'oubli, ou plutôt dans le déni : le rapport Meadows, du nom de deux de ses auteurs, commandé en 1970 à quatre chercheurs par un cercle de réflexion qui se fit mondialement connaître à cette occasion, le club de Rome.
Après deux années passées à analyser les causes et les conséquences de la croissance sur la démographie et l'économie mondiale, les quatre mandatés mirent au jour des scenarii qui tous démontraient le caractère inéluctable d'un effondrement des conditions matérielles d'existence et d'une diminution brutale de la population mondiale... dans la seconde moitié du XXIe siècle.
Plus de cinquante années après, Abel Quentin fait un sort - romanesque ! - à ce rapport qu'il confie à un quarteron de scientifiques de Berkeley. De manière aussi fine que formidablement caustique, sa plume imagine le cheminement personnel de chacun d'entre eux : il y a le couple d'Américains, Eugene et Mildred Dundee, porte-parole en chef du rapport qui se retrouvent transformés en écologues médiatiques nobélisables avant de se retirer dans l'Utah pour élever des cochons auxquels Eugene fait écouter des fugues de Liszt... et dont l'ingratitude se révélera à la fin.