Le premier président socialiste juif, Dan Lehman, vient d'échouer à se faire réélire ; il publie L'Amour et la Lutte !, une biographie romancée de Karl Marx dans laquelle une scène de fellation de deux lignes au deuxième paragraphe du chapitre 12 éclipse le reste.
« Vous êtes resté cinq ans à la tête de l'État. C'est quoi pour vous, le pouvoir ? » l'interroge la journaliste de la matinale où il est venu promouvoir son livre. « Ah, ça, c'est Michel Foucault qui l'a le mieux défini lors de l'un de ses cours au Collège de France, au milieu des années 1970. Il a dit, en paraphrasant Clausewitz : "La politique, c'est la guerre continuée par d'autres moyens." »
Karine Tuil en a fait le titre de son nouveau roman : La Guerre par d'autres moyens. Mais attention, on est loin d'une enquête ou d'un traité sur le monde politique. C'est un grand roman sur le pouvoir, majuscule et minuscule. Le pouvoir politique, d'abord, mais aussi dans un couple, dans la sexualité, sur le tournage d'un film ou encore au Festival de Cannes.
Car la femme de l'ancien président, Hilda Müller, est une actrice allemande, aussi belle que célèbre, choisie par un réalisateur tout-puissant, Romain Nizan, pour interpréter un personnage créé par... la première femme de Lehman, l'écrivaine franco-italienne Marianne Bassani - laquelle, dans le roman, est la seule à dire « je », la seule dont l'intériorité soit livrée sans truchement, les autres ayant droit à la forme de représentation sociale établie par la troisième personne (même si Lehman a le privilège de se confier à un dictaphone...).