Philippe Vilain, Jean-Louis Ezine, Ann-Marie MacDonald... Nos critiques littéraires de la semaine
« Mauvais élève », de Philippe Vilain, « La chaise », de Jean-Louis Ezine, « Fayne », de Ann-Marie MacDonald, « La longe », de Sarah Jollien-Fardel : découvrez notre sélection littéraire de la semaine.
Olivier Mony, Philippe Ridet, Alexis Brocas et Juliette Einhorn
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Mauvais élève, de Philippe Vilain, est à retrouver aux éditions Robert Laffont. 236 pages, 20 euros. (Crédits : LTD/DR)
Père alcoolique, mère dépressive et simple dactylo, CAP, bac pro, petite délinquance : a priori, depuis sa Normandie natale, Philippe Vilain était de la race des mal partis. Et destiné à n'arriver nulle part. Si ce n'est à intégrer le gros des troupes d'un hypothétique bonheur pavillonnaire à venir, une vie à crédit et sans rêve.
Seulement voilà, le désormais quinquagénaire est aujourd'hui docteur ès lettres et surtout à la tête d'une œuvre, justement reconnue comme importante, de près d'une trentaine de livres, romans et essais littéraires confondus, et a troqué le crachin rouennais pour le grand bleu de la baie de Naples, ville où il enseigne la littérature française à l'université. Les soucieux sociologues aiment à appeler ça un transfuge de classe. On préférera penser que c'est d'abord un destin.
Que s'est-il donc passé pour qu'à Charybde ne succède finalement pas Scylla ? C'est tout l'objet de Mauvais Élève, le très beau témoignage de cette progressive mue, que de répondre le plus justement possible à cette question. Il n'y est au fond question que de mort et de transfiguration. À la fois éducation sentimentale et récit de formation, ce livre empathique, profond, mais jamais complaisant, est baigné par l'évocation de deux figures majeures autant que contradictoires de la vie de son auteur.
Tout d'abord, celle de son père, aimant et aimé autant que perdu sur les chemins buissonniers de l'alcool. Un homme dont la bonté se laissera trop souvent oublier par son incapacité à éloigner de lui le spectre d'une tristesse sans cause et, finalement, sans remède. Autre figure et non des moindres, à la fois « fée des lilas » initiatrice et marâtre, Annie Ernaux. La liaison, qui dura cinq ans, entre la future Prix Nobel de littérature et Philippe Vilain, de près de trente ans son cadet, est de notoriété publique.
Olivier Mony, Philippe Ridet, Alexis Brocas et Juliette Einhorn