ENTRETIEN – Toujours vert malgré ses 87 ans, le cinéaste sort « Finalement », son 51e long-métrage, et revient sur sa vie chabadabadesque.En 1960, Les Cahiers du cinéma écrivaient : « Claude Lelouch, retenez bien ce nom, vous n'en entendrez plus jamais parler. » Loupé ! Depuis plus de soixante ans, Il filme avec spontanéité le genre humain pour essayer de transmettre son goût des autres. Parce que, pour ce gamin de la Seconde Guerre mondiale, la vie est un jeu dans lequel la vérité et le mensonge se livrent à un combat permanent.
Rendez-vous dans son bureau du Club 13, véritable cabinet de curiosités : des claps de tournage d'Itinéraire d'un enfant gâté et de L'aventure c'est l'aventure, sa caméra d'Un homme et une femme. Tout un chabadabada qui me fait tourner la tête comme un travelling circulaire à la Lelouch. Il s'assoit dans son fauteuil et lance : « Vous êtes face à un homme heureux, et c'est une race en voie de disparition ! » Moteur. (Même pas peur.) Action !
LA TRIBUNE DIMANCHE — Finalement...
CLAUDE LELOUCH — Finalement, il faut bien que la vie serve à quelque chose. Quand on se rapproche de la ligne d'arrivée, il y a des certitudes sur le genre humain que l'on a envie de transmettre à ses enfants et petits-enfants. Et c'est vrai que tout le mal qu'on se donne dans la vie, c'est pour aimer et être aimé. Tout le reste, ce sont des lots de consolation. J'ai toujours été fasciné par la course à la séduction pour partager un même lit, puis après encore plus de mal pour ne plus y aller. L'amour, c'est punition et récompense.
C'est ce qui donne un sens à votre vie...
Chaque seconde qui n'est pas consacrée à l'amour est une seconde de perdue. J'ai essayé toute ma vie de filmer des hommes et des femmes qui me semblaient un peu moins dégueulasses que les autres. La vie est une course d'emmerdements au pays des merveilles.
Propos recueillis par Joséphine Simon-Michel