« Les Yeux de Mona » ou l’exploration (méta)physique du pouvoir de l’art
Anne-Laure Walter
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Photo d'illustration
© MARIE GENEL
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Dans les allées presque vides du musée d'Orsay, lundi, un dandy dégingandé installé devant Champ de blé aux corbeaux de Van Gogh déclame Les Corbeaux de Rimbaud. Les vers « Laissez les fauvettes de mai / Pour ceux qu'au fond du bois enchaîne, / Dans l'herbe d'où l'on ne peut fuir, /La défaite sans avenir » couvrent le bruit des perceuses en ce jour de fermeture au public. « Rimbaud est le double symbolique de Van Gogh », s'enflamme l'historien de l'art Thomas Schlesser devant des journalistes français, italiens, espagnols, américains, hongrois et polonais.
Albin Michel a sorti le grand jeu pour le lancement des Yeux de Mona, le roman hors norme de Schlesser. Mona, 10 ans, risque de perdre la vue, et son grand-père Henry souhaite l'emplir des beautés du monde, auxquelles les musées donnent « un accès fulgurant et synthétique » selon Schlesser. Le mercredi, ce duo se rend donc dans les collections permanentes du Louvre, d'Orsay et de Beaubourg pour découvrir, à chaque fois, une seule et unique œuvre. Le livre en compte 52, offrant un panorama de l'histoire de l'art de Botticelli à Soulages. « Si, par malheur, Mona devenait un jour aveugle à jamais, elle jouirait au moins d'une sorte de réservoir, au fond de son cerveau, où puiser des splendeurs visuelles », lit-on dans le roman.
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Selon le même rituel, chaque séance s'ouvre sur une phase d'observation silencieuse, se poursuit par une discussion autour de l'œuvre et se termine par une leçon, un « précipité moral ou philosophique ». « L'idée est de s'impliquer dans une œuvre avant de l'expliquer », explique Thomas Schlesser, qui cependant n'a pas le temps en ce lundi matin de laisser son assistance gamberger devant le Labourage nivernais de Rosa Bonheur. Nous avons pris du retard. La faute à Nicolas Sarkozy. L'ancien président de la République s'offre une visite surprise de l'exposition star « Van Gogh à Auvers-sur-Oise », qui se termine ce 4 février, mobilisant notre hôte, Christophe Leribault, président d'Orsay et de l'Orangerie.
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