« Ma cosmologie littéraire » (Angelin Preljocaj, chorégraphe)

Anna Cabana
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Angelin Preljocaj, le 15 février.
© GAETAN BERNARD/MADAME FIGARO

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Angelin Preljocaj, le 15 février.
© GAETAN BERNARD/MADAME FIGARO
Le travail des corps d'Angelin Preljocaj est d'une beauté si essentielle et si subtile que les plus tourmentés d'entre nous devraient se méfier : un ballet de ce chorégraphe de génie pourrait vous réconcilier avec l'idée de Dieu. Si le CNL lui a demandé de parrainer les Nuits de la lecture* aux côtés de l'écrivaine Claire Marin, c'est évidemment, JO obligent, pour mettre le corps à l'honneur de ce grand rendez-vous culturel de la rentrée. Mais c'est aussi parce qu'Angelin Preljocaj brûle d'une passion pour les mots. La dernière fois que nous l'avions vu, en 2020, il leur avait ainsi déclaré son amour : « J'adore les mots. J'aime comment ça rebondit, comment ça trébuche, comment ça caracole. Je les aime en tant que matière, en tant que chair. »
LA TRIBUNE DIMANCHE - Dans son dernier roman, La Danseuse, Patrick Modiano fait le parallèle entre la danse et la littérature, l'une et l'autre étant à ses yeux des disciplines qui « permettent de survivre », parce que, écrit-il, elles vous mettent « hors d'atteinte ». En diriez-vous autant ?
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ANGELIN PRELJOCAJ - La discipline permet de créer le réceptacle de l'inspiration. Quand l'inspiration arrive, il faut être prêt à la recevoir. On doit se préparer musculairement - je parle du muscle physique comme intellectuel. D'où la nécessité d'être discipliné. Début janvier, je vais commencer les répétitions pour ma nouvelle création, Requiem(s) ; je suis à vif, je note des tas de trucs, je compile des textes, des images, des musiques, etc. De cette espèce de fatras, il va falloir que je sorte le fa, ou le tras, je ne sais pas ; je compte sur des fulgurances, des connexions improbables qui se font dans le processus. Je fais confiance au processus pour m'emmener là où il veut. C'est une ascèse permanente parce que l'inspiration peut arriver à n'importe quel moment. J'ai un côté moine obsessionnel et rigoureux. La rigueur, ce n'est pas la raideur, c'est tout le contraire : ça permet la souplesse ; sinon on bascule dans la raideur et on tombe du fil...
Anna Cabana