Digne de Molière
Le rôle que je préfère de lui, c'est dans Viens chez moi, j'habite chez une copine, de Patrice Leconte. Ce personnage de resquilleur, ce type touchant et teigneux qui tape toujours l'incruste et n'a pas peur d'être antipathique... J'étais époustouflé, c'était un personnage humain, d'une grandeur digne de Molière. C'est là que j'ai eu le désir de tourner un jour avec lui. Il avait joué beaucoup de losers, j'ai voulu lui donner un rôle « héroïque » : celui des Témoins est un militant, un médecin qui découvre les débuts du sida et décide de se battre.
Faire de son corps un instrument artistique
Il avait de l'audace, du courage, de la curiosité et il était très juste dans ce combat permanent contre ses propres limites physiques. Sa taille, et ce qui pouvait paraître comme de la « disgrâce », lui apportait au contraire singularité et grâce. J'aimais le fait qu'il veuille faire de son corps un instrument artistique alors que de prime abord, on voyait plutôt son côté chétif et sa maladresse. Il s'agissait pour lui de dépasser ce « handicap », c'était intéressant et très touchant.
Un musicien tourmenté
Il jouait remarquablement du piano, des pièces de Schumann très difficiles - nous avons beaucoup parlé de musique ensemble, notre passion commune. Bref, il était très musicien, et sur le plateau, il avait tendance à tout millimétrer, parfois presque trop ! Mais il avait besoin de ces repères et contraintes, comme un tremplin pour prendre sa liberté. D'ailleurs, les films qu'il a réalisés sont très « musicaux », écrits comme des partitions. Il travaillait avec une exigence de précision presque maladive. C'était un grand tourmenté, très hypocondriaque - un autre de nos points communs ! Tous les grands comiques ont cette face sombre en eux... Après Les Témoins, je lui ai proposé de faire La Fille du RER. Il ne se sentait pas légitime pour jouer ce rôle de patriarche juif, mais je lui ai montré les bonnes critiques des Témoins pour le convaincre que la question de sa légitimité ne se posait pas !
Propos recueillis par Charlotte Langrand