LA TRIBUNE DIMANCHE - Comment s'annonce cette nouvelle édition du Printemps ?
BORIS VEDEL - Nous sommes plus sereins que l'année dernière. Il s'agissait de la première édition post-Covid et nous avions eu du mal à trouver notre équilibre financier. En gros, le festival perdait de l'argent au moment d'ouvrir ses portes. Cette année, nous allons sans doute battre un record de fréquentation avec plus de 80 000 festivaliers payants. Nous avons adopté une nouvelle stratégie de programmation et elle marche.
En quoi consiste-t-elle ?
On a fait un pari économique en réinjectant 400 000 euros dans le budget de la programmation artistique. Le but était de saturer les soirées au W, la plus grande salle du festival, avec des têtes d'affiche, des artistes attractifs pour le grand public comme Shaka Ponk, Mika ou Martin Solveig. Avec ses 10 000 places, le W est la seule salle économiquement viable pour le Printemps. Elle doit être rentable, sinon le festival ne le sera pas. Les autres lieux, plus petits, sont structurellement déficitaires, mais Bourges existe également pour cela. Offrir des créations, mettre en avant les jeunes talents émergents, c'est dans son ADN depuis ses débuts, quand le Printemps mettait en lumière une génération d'artistes ignorés des grands médias comme Renaud, Higelin, Brigitte Fontaine ou Bernard Lavilliers.
Un festival sans grosses têtes d'affiche anglo-saxonnes est donc possible...
De toute façon, le festival ne peut s'offrir de tels artistes avec l'inflation galopante des cachets depuis quinze ans. En gros, ils sont passés de 200 000 euros à 2 millions d'euros pour les artistes les plus importants. À Bourges, nos têtes d'affiche sont les talents émergents. Le Printemps existe depuis bientôt cinquante ans [en 2027] et il a toujours été sauvé par cette idée originelle. À titre d'exemple, 70 % des artistes présents au festival ont sorti un seul album. Loin d'être franco-française, notre programmation accueille également 30 % d'artistes anglo-saxons et européens peu connus du grand public mais talentueux.