Ciel d'automne sur la Cartoucherie : un fond de l'air humide, avec les vastes pelouses jonchées de feuilles encore jaunes, et ces bâtiments harmonieux qui, depuis plus de cinquante ans, abritent des théâtres. Au Soleil, il y a toujours du monde, des activités, même lorsqu'une très grande partie de la troupe est au loin, comme ces derniers temps. Ariane Mnouchkine a présenté au Japon L'Île d'or, son dernier spectacle. Un accueil enthousiaste et chaleureux, un triomphe pour cette plongée superbe dans l'univers nippon qui a tant marqué l'immense artiste.
Tout le monde est de retour depuis le 8 novembre. À l'intérieur des bâtiments, l'espace est chamboulé, et, pour le moment, on a quelque mal à se repérer. Où est donc le vaste hall ? le grand plateau ? On traverse l'atelier pour accéder au lieu où se répète le prochain spectacle, Notre vie dans l'art. Un dispositif bifrontal de gradins qui s'élèvent en stalles fermées comme des bancs d'église ou de fac de médecine. C'est la scénographie qui avait été imaginée par Everest Canto de Montserrat pour Les Éphémères, en 2006. Ici, on ne détruit pas les décors. « Je travaille souvent en bifrontal, explique Richard Nelson. Parfois, j'utilise même du trifrontal. » c'est la première fois que l'Américain, auteur prolifique et metteur en scène très reconnu aux États-Unis, associé à la Royal Shakespeare Company avec laquelle il collabore très régulièrement, monte un spectacle en France et avec des comédiens non anglophones.
S'approcher au plus près d'une vérité du jeu
Ariane Mnouchkine connaît bien cet homme doux et fin qui, comme elle, révère Tchekhov. Après le Québécois Robert Lepage, en 2018, avec Kanata, c'est au tour de Richard Nelson d'être invité à diriger la troupe, une partie de la troupe. « Je l'admire et je l'aime ! » dit-elle. Elle a traduit la pièce Notre vie dans l'art, titre qui fait référence au célèbre ouvrage de Constantin Stanislavski Ma vie dans l'art. « Il y a longtemps que je réfléchissais à ce voyage des comédiens aux États-Unis ; j'ai beaucoup lu, je me suis documenté, interrogé, explique Richard Nelson, regard bienveillant derrière ses lunettes à monture noire.