Elle ne s'est pas rendue au défilé. Elle a du travail à la maison. Il est cloîtré dans son appartement. Elle est mère de six enfants, mariée à un fonctionnaire fasciste, elle sait à peine lire et écrire. Il est un intellectuel raffiné. Homosexuel, opposé au régime, il vient d'être exclu de la radio où il travaillait. Il attend la police, qui va l'envoyer en déportation. Ils ne se sont jamais croisés dans l'escalier. Mais ce jour-là, 6 mai 1938, à Rome, alors que Mussolini accueille en grande pompe Hitler, le mainate d'Antonietta s'échappe et se pose sur la fenêtre de Gabriele. Quelques heures pour apprendre à s'apprivoiser, à se reconnaître : deux solitudes, deux êtres au cœur pur.
Deux fortes personnalités incarnent ces personnages d'une humanité profonde. Sous la direction ferme et tendre de Lilo Baur, Laetitia Casta, éblouissante, et Roschdy Zem, idéal, donnent vie à ce pas de deux bouleversant. L'époux, Joan Bellviure, la concierge, Sandra Choquet, sont excellents, en furtives apparitions. Un décor harmonieux de Bruno de Lavenère, des lumières de Laurent Castaingt, et pour donner l'atmosphère de l'extérieur, le très beau travail graphique d'Étienne Guiol et les fracas de la musique et des discours. Rien qui puisse distraire ces deux âmes qui se reconnaissent.