REPORTAGE — La découverte d’un camp d’extermination d’un cartel a remis en lumière les 125 000 cas de disparitions forcées que compte le Mexique.« Gardez un mètre de distance entre vous ! On va passer la zone au peigne fin. » Machettes et pioches en main, tout le monde est aligné à l'orée de la forêt d'Ajusco, attentif aux injonctions d'Ashanti Ríos. « N'oubliez pas : si vous trouvez un morceau de tissu, des bouteilles vides ou des ossements, criez, reprend la Mexicaine de 39 ans. Et surtout, ne restez pas seul, vous risqueriez de vous perdre. »
Les ordres se perdent dans ce bois du sud de Mexico où chacun tente de se frayer un chemin à travers les broussailles épaisses. Sur le teeshirt de la cheffe de groupe, un portrait de sa cousine, Pamela Gallardo. Il y a sept ans, la jeune fille s'était rendue dans ce parc naturel de 1 000 hectares pour assister à un festival de musique électronique. Elle n'en est jamais revenue. Elle est devenue l'une des 125 000 personnes portées disparues que compte le Mexique.
Silence de l'État
C'est en 2006 que le phénomène des disparitions forcées est apparu dans le pays. Depuis, plusieurs a aires ont bouleversé les Mexicains, comme celle qui a vu, en septembre 2014, 43 étudiants de l'école normale rurale d'Ayotzinapa se volatiliser à Iguala, dans l'État du Guerrero. Il y a quelques jours, c'est une ferme du Jalisco, État de l'ouest du pays, qui a été le théâtre d'un nouveau drame.
Dans ce « ranch de l'horreur », tel qu'il a été surnommé depuis, a été découvert un camp où, depuis dix ans, le cartel Jalisco Nueva Generación, l'un des plus puissants du pays, séquestrait, torturait et assassinait ses victimes - les autorités parlent de recrues qui auraient tenté de s'échapper ou refusé de collaborer - avant de brûler leurs cadavres dans des fosses communes. Les a aires personnelles d'environ 200 personnes y ont été retrouvées. « Des camps comme celui-ci, il y en a dans tout le pays ! » affirme Ashanti Ríos.