Dans l’est de la République démocratique du Congo, la nouvelle flambée d’Ebola continue de se propager. Entre défiance des populations, système de santé débordé et zones de conflit, la riposte peine à enrayer une épidémie déjà jugée exceptionnelle par les experts.
Lentement, le corbillard franchit les barrières de l’hôpital. Un cri déchire alors le silence qui s’était fait devant le centre médical Elikya de Bunia. « Tu me laisses seul avec les enfants ! » hurle le fils de la défunte, qui parvient in extremis à monter à l’avant du véhicule.
Sa tante, elle, court derrière, pleurant et criant à s’en rompre les cordes vocales. Emerance Mungeuromo assiste à la scène, désespérée. Elle était amie avec celle qui vient d’être emportée par Ebola. « Après avoir perdu son père il y a quelques mois, son fils d’une vingtaine d’années se retrouve responsable des enfants de la famille », dit-elle.
Puis, lasse de chagrin, elle soupire : « On ne peut pas se réveiller un matin sans apprendre un nouveau décès. » Autour d’eux, des familles, l’air grave, attendent des nouvelles de leurs proches hospitalisés. À Bunia, l’angoisse est partout.
Ainsi frappe Ebola en Ituri, sans distinction ni pitié. C’est de cette province de l’est de la République démocratique du Congo qu’est partie cette nouvelle vague épidémique. Selon le professeur Yap Boum, du centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), le chef-lieu, Bunia, et ses alentours font face à une épidémie d’une « ampleur extraordinaire ». À ce rythme, souligne le scientifique, la flambée risque de devenir la plus dévastatrice que le virus ait jamais causée.
Une défaillance du système de surveillance
Le 24 juin, le bilan officiel fait état de 1 115 cas cumulés pour 304 décès. La plupart des experts s’accordent à dire que les chiffres officiels sous-estiment largement l’ampleur du fléau.
Officiellement déclarée le 15 mai, cette 17e épidémie en RDC a commencé à tuer près de trois mois auparavant. Un délai qui illustre les défaillances criantes du système de surveillance épidémique du pays. Depuis son épicentre – la cité aurifère de Mongbwalu –, la maladie s’est propagée dans les provinces frontalières des Sud- et Nord-Kivu, puis en Ouganda, et désormais en France, avec le cas d’un médecin contaminé rentré de RDC, qui, selon nos informations, serait actuellement soigné à l’hôpital Bichat, à Paris.
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