LA TRIBUNE DIMANCHE — Quels sont les enjeux du sommet de l'Otan pour les Européens ?
ANDERS FOGH RASMUSSEN — Ma principale préoccupation concerne le délai retenu pour atteindre l'objectif d'augmentation des dépenses de défense. Si nous étions sérieux, les 3,5 % de dépenses militaires devraient être atteints dès 2028 ou au plus tard en 2030. Plusieurs services de renseignement en Europe indiquent que Vladimir Poutine sera en mesure d'attaquer un ou plusieurs pays de l'Otan d'ici la fin de la décennie. C'est donc maintenant que nous avons besoin d'investissements, pas en 2035.
Mais tous les pays de l'Otan ne pourront pas atteindre un tel objectif...
L'argument des contraintes financières ne tient pas. Rien n'est plus important que de défendre nos sociétés libres et leurs systèmes de protection sociale mais notre bien-être ne vaut rien si nous ne sommes pas capables de le défendre. Les dirigeants européens devraient être beaucoup plus ambitieux.
De quelles cartes disposent les Européens dans la négociation pour un cessez-le-feu en Ukraine ?
La chose la plus importante que nous puissions faire maintenant est de fournir aux Ukrainiens toutes les armes et l'aide financière dont ils ont besoin pour montrer à Poutine qu'il n'a aucune chance de gagner sur le champ de bataille. Par ailleurs, la coalition de volontaires formée à l'initiative de la France et du Royaume-Uni pour déployer une force de réassurance en Ukraine devrait être accélérée.
Même sans le soutien des États-Unis ?
Je suis très favorable à un soutien américain mais s'il ne se concrétise pas, nous devrons aller de l'avant. Le président Trump ne peut pas en même temps demander aux Européens d'investir davantage dans leur défense en raison de la menace russe et affirmer que Poutine est une personne raisonnable avec laquelle on peut conclure des accords.
Propos recueillis par François d’Alançon