OPINION. « Des actes concrets doivent être posés pour montrer le soutien de la France au Groenland », par Damien Girard, député du Morbihan et Vincent Caure, député des Français d’Europe du Nord
Les deux parlementaires Damien Girard (Les Écologistes) et Vincent Caure (Ensemble pour la République) appellent à prendre les menaces d’annexion de Donald Trump au sérieux et plaident pour affirmer le modèle démocratique européen, en défendant le droit international et en menant une politique climatique ambitieuse.
Vincent Caure et Damien Girard
Damien Girard, député du Morbihan et Vincent Caure, député des Français d’Europe du Nord.
A l'occasion de la visite d'Etat du roi du Danemark en France, nous demandons au président de la République de s'opposer fermement aux menaces d'annexion de Donald Trump au sujet du Groenland, comme l'ont déjà fait 120 députés à travers un texte transpartisan.
Depuis son élection, le président américain ne cesse de déclarer vouloir « acquérir » le Groenland par le commerce ou par la force, au mépris des principes fondamentaux du droit international, de la souveraineté des États et du droit à l'auto-détermination des peuples.
Ces menaces ne doivent pas être minimisées : « we have to take Trump seriously, but not literally ».
De cette situation, nous dressons deux constats.
En premier lieu, l'Arctique acquiert un rôle géostratégique critique sous l'effet du changement climatique et de la guerre en Ukraine avec ses multiples implications. Aux puissances arctiques historiques que sont la Russie et les États-Unis se sont également ajoutés de nouveaux acteurs globaux comme la Chine, récemment autoproclamée « proche de l'Arctique » et désormais membre observateur au Conseil de l'Arctique.
En second lieu, le retour des empires se confirme chaque jour et les rapports de force se généralisent, y compris avec nos alliés. Le Danemark qui, depuis la Seconde Guerre mondiale, a fait reposer sa défense sur les Etats-Unis dans le cadre de l'OTAN voit sa sécurité aujourd'hui questionnée par ce même allié.
Si le risque d'un conflit armé de haute intensité est faible, le risque est grand que la région de l'Arctique devienne un pion dans un jeu politique plus vaste entre les puissances chinoises et russes d'un côté et américaine de l'autre.
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Comme si la fiction avait un temps d'avance, c'est du côté de la quatrième saison de la célèbre série danoise Borgen que les tensions que nous vivons au sujet du Groenland avaient été si finement anticipées, lorsque la découverte d'un gisement de pétrole fait naître certaines velléités. Si ces épisodes montrent la difficulté à trouver une solution pacifique aux tensions dans la région, ils occultent ce qui doit être la solution pour les Danois et pour chacun des peuples du Vieux Continent : l'autonomie stratégique de l'Europe.
Si le risque d'un conflit armé de haute intensité est faible, le risque est grand que la région de l'Arctique devienne un pion dans un jeu politique plus vaste
Comme la guerre en Ukraine en 2022, la crise groenlandaise donne l'occasion à l'Europe d'être actrice de son avenir.
Depuis le premier discours de la Sorbonne du président de la République en 2017, beaucoup de choses ont été faites en ce sens, notamment en matière économique (renforcement du mécanisme de filtrage des investissements étrangers, adoption d'une nouvelle stratégie commerciale) et technologique (adoption d'une stratégie pour les matières premières critiques, adoption des règlements DMA/ DSA). Mais l'Europe ne peut se contenter d'être une puissance économique. C'est en affirmant son modèle démocratique, en défendant le droit international et en menant une politique climatique ambitieuse que nous serons fidèles à ce qui fait l'essence même de notre union.
Ce sont désormais nos capacités militaires et nos coopérations en matière de défense que nous devons renforcer pour garantir notre intégrité territoriale et nos approvisionnements en ressources. Dans ces circonstances, des actes concrets doivent être posés pour montrer le soutien de la France et de l'Union européenne au Danemark et au Groenland. La position exprimée par le ministre des Affaires étrangères français, concernant la possibilité d'envoyer de troupes européennes au Groenland, est une proposition à étudier sérieusement. Ce type de présence militaire est déjà mis en œuvre par la France. C'est ainsi le cas de la mission LYNX qui démontre l'engagement des forces armées françaises auprès de l'Estonie.
Avec les Etats baltes, les pays nordiques font partie des pays européens qui consacrent la partie la plus conséquente de leur budget aux investissements dans la défense, avec une nette progression ces dernières années. Ces efforts doivent être soutenus et accompagnés par les autres Etats membres de l'UE.
Dans cette crise comme pour toutes celles à venir, l'Europe ne doit plus compter que sur elle-même. C'est à cette seule condition que l'Europe comme puissance sera une réalité. Plus que jamais, nous devons rappeler que l'Europe est née de la volonté de bâtir la paix par la coopération et le respect des peuples. Face aux ambitions prédatrices, nous devons être à la hauteur de cet héritage et en faire notre force.