Lassé du soutien de Kaboul à des djihadistes, le Pakistan a lancé des expulsions massives visant les réfugiés afghans.C'est l'un des pires exodes du XXIe siècle. Chaque semaine depuis l'automne 2023, des milliers de réfugiés afghans se pressent malgré eux contre les barrières des postes-frontières de Chaman et de Torkham afin de regagner leur pays. Ainsi en a décidé le gouvernement pakistanais, qui a déclenché le 1er avril la deuxième phase d'une gigantesque opération d'expulsion contre 3,4 millions d'Afghans installés sur son territoire, parfois depuis plus de trois décennies.
Au printemps, 800 000 personnes titulaires d'une carte de résident ont ainsi été sommées de quitter le Pakistan sous peine d'être arrêtées. Au total, selon l'ONU, ils sont 1 million à déjà avoir tout abandonné depuis septembre. Islamabad prévoit une troisième phase à son plan de déportation ; elle sera effective le 1er juillet, et visera cette fois les détenteurs d'une carte de réfugié.
Au moyen de cet exil forcé, Islamabad règle ses comptes avec Kaboul. Le Pakistan accuse en effet la théocratie voisine de soutenir les insurgés baloutches et le Mouvement des talibans pakistanais, le TTP. Celui-ci veut, comme les talibans afghans dans leur pays en 2021, renverser un régime démocratique pour instaurer une dictature islamiste. L'an dernier, le TTP et les indépendantistes baloutches ont perpétré 521 attentats au Pakistan, qui ont fait 852 morts.
Camps d'entraînement
Depuis trois ans, Islamabad presse les talibans afghans de réprimer ces organisations. En vain. Dans son dernier rapport envoyé en février au Conseil de sécurité, le comité onusien des sanctions s'alarme du retour d'une infrastructure djihadiste en Afghanistan. Grâce au soutien financier et logistique de Kaboul, dit le document, « le TTP a créé de nouveaux centres d'entraînement » dans quatre provinces de l'Est afghan.
Par Emmanuel Derville, correspondant à New Delhi (Inde)