OPINION. « Benjamin Netanyahou et le Hamas, une longue histoire sulfureuse »
Sébastien Boussois

Photo d'illustration
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Depuis 2007 et la prise de contrôle de l'enclave par le Hamas, Gaza survivait sous blocus israélo-égyptien. En près de vingt ans, il n'a eu de cesse de grandir et de s'enraciner encore jusqu'aux attaques du 7 octobre 2023. Beaucoup accusent certains pays étrangers du maintien en place du Hamas à Gaza mais aussi du renforcement de son arsenal. C'est d'ailleurs souvent un argument invoqué qui désigne tout droit le Qatar, mettant de côté le rôle central de médiateur qu'il jouera par la suite avec l'organisation islamiste. Jusqu'à récemment, Israël autorisait ainsi le Qatar à faire entrer de l'argent liquide à Gaza, officiellement pour des raisons humanitaires (salaires, aide aux familles pauvres, etc.). Cependant, une partie de cet argent a pu potentiellement être détourné par le Hamas pour maintenir son autorité. Si Doha a acheminé des fonds régulièrement pour l'administration de Gaza, sous contrôle du Hamas, c'était de toute façon en total accord avec Israël, qui l'y avait autorisé, considérant dans la balance que ce serait mieux ainsi que de risquer un potentiel chaos dangereux pour la sécurité de l'Etat hébreu.
On oublie souvent de dire que c'est le Premier ministre, Benjamin Netanyahou qui a joué un rôle indirect majeur dans le développement du Hamas dans le paysage politique palestinien. Et ce à des fins stratégiques et électorales. La première raison résidait dans la volonté du Premier ministre éternel d'affaiblir le Fatah et l'Autorité Palestinienne. Car Netanyahou et d'autres dirigeants israéliens ont longtemps perçu le Hamas comme une force utile pour diviser le mouvement national palestinien. En encourageant ou en tolérant la montée du Hamas, Israël affaiblissait ainsi le Fatah, le rival politique modéré des islamistes, qui dirigeait l'Autorité Palestinienne en Cisjordanie. De plus, en soutenant indirectement le Hamas, Israël aspirait à éviter une unification des factions palestiniennes qui aurait renforcé leur position dans les négociations de paix, puisque Netanyahou a toujours tout fait pour torpiller un éventuel Etat palestinien. Depuis près de vingt ans, la scission entre Gaza et la Cisjordanie a rendu difficile toute négociation globale, et servi les intérêts premiers de « Bibi ».
Il est important d'ajouter aussi que la présence d'un groupe considéré comme terroriste par Israël et d'autres pays permettait au gouvernement israélien de justifier ses politiques sécuritaires strictes, ses offensives militaires périodiques à Gaza, et son refus de négociations directes avec le Hamas. Nul doute que la menace persistante du Hamas a été utilisée par Netanyahou pour mobiliser ses électeurs autour d'un discours sécuritaire fort, renforçant son image de « défenseur » d'Israël contre le terrorisme, ce qui lui a permis années après années de rallier à sa cause des partis politiques de plus en plus à droite de l'échiquier politique et partisans du refus de tout compromis avec les Palestiniens.
Depuis 2007, en imposant un blocus strict qui a asphyxié l'économie de Gaza, Israël a clairement à l'époque renforcé la popularité du Hamas parmi les Gazaouis, qui voyaient alors le groupe comme une force résistante face à Israël, malgré des conditions de vie très dures. C'est ainsi que le Hamas, en tant que groupe armé, pouvait se présenter petit à petit comme une alternative radicale mais crédible au Fatah corrompu et impuissant. Bien aidé d'ailleurs par les échecs répétés de l'Autorité Palestinienne dans ses négociations avec Israël et l'occupation prolongée de la Cisjordanie, l'organisation islamiste a pu récupérer le soutien d'une partie des Palestiniens de Gaza. Jusqu'au 7 octobre 2023, où les deux camps ont payé le lourd tribut des erreurs de responsables politiques, plus apprentis sorciers que les véritables leaders nationaux. La montée de colère des Israéliens contre Netanyahou, c'est un peu de cela aussi : pas que la gestion de la guerre présente, mais bien aussi des erreurs passées.
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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l'IHECS (Bruxelles), associé au CNAM Paris (Equipe Sécurité Défense), à l'Institut d'Etudes de Géopolitique Appliquée (IEGA Paris), au NORDIC CENTER FOR CONFLICT TRANSFORMATION (NCCT Stockholm) et à l'Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse).
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