REPORTAGE — Alors que les Israéliens ont repris leurs frappes, des dizaines de milliers d’habitants du Liban ne peuvent se réinstaller chez eux en raison de l’ampleur des destructions précédentes et du danger.Mohamed n'a plus remis les pieds dans son village de Dhayra depuis trois semaines. Adossé à la frontière avec Israël dans le gouvernorat du Liban-Sud, Dhayra « est trop dangereux », estime ce père de famille de 36 ans qui préfère ne pas donner son nom de famille. D'autant qu'Israël multiplie les frappes depuis une semaine.
Tel-Aviv affirme riposter à des tirs de roquettes du Hezbollah vers le nord de l'État hébreu. Affaiblie par plus d'un an de conflit, la milice chiite dément. Les frappes israéliennes ont visé le sud du Liban mais aussi, pour la première fois depuis l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu partiellement respecté le 27 novembre, la banlieue de la capitale Beyrouth. Depuis le 22 mars, 20 Libanais sont morts, des dizaines d'autres ont été blessés, dont la moitié de civils.
Dhayra n'est de toute façon plus qu'un champ de ruines, et s'y réinstaller n'est pour l'instant pas une option pour Mohamed, sa femme et leur fils de 6 ans. Comme eux, quelque 90 000 déplacés, sur plus de 1 million dans tout le pays, n'ont toujours pas pu revenir vivre chez eux, en raison du danger et de l'ampleur des destructions, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).
La maison de ce plaquiste a été dynamitée fin octobre par les soldats israéliens comme beaucoup de celles de ses voisins, lorsqu'elles n'ont pas été détruites par les bombardements. Vivant entre la région parisienne, où il travaille plusieurs mois par an, et le Liban, Mohamed y avait investi toutes ses économies. Les travaux de construction ont duré quatorze ans et venaient tout juste de s'achever avant la guerre.