Remontons dans le temps jusqu'au 8 novembre 2016, juste après le coucher du soleil. J'étais à une soirée dans l'East Village de Manhattan, entouré d'autres écrivains, d'une pléiade de journalistes et de gens issus du monde de la tech. Aux alentours de 18 heures, j'ai eu le malheur d'exprimer mon inquiétude quant au fait que nous avions peut-être été présomptueux de parier sur une large victoire de Hillary Clinton.
« Croyez-moi, Trump a derrière lui tous ces mâles blancs en colère qui rêvent de prendre leur revanche après huit ans d'Obama et qui ne veulent certainement pas d'une femme présidente. Il a aussi les évangéliques, à qui il a promis tout un tas de mesures de régression sociale. Et il a toutes les femmes de la classe moyenne qui ne pardonnent pas à Hillary d'avoir soutenu Bill après son aventure scabreuse avec cette stagiaire de la Maison-Blanche. »
Ce commentaire me valut les rires condescendants de l'assemblée, quelqu'un allant jusqu'à me demander si j'avais voté pour Trump (je ne répéterai pas ici ma réponse plutôt véhémente à cette question absurde). Une heure après, alors que tombaient les premiers résultats de la Floride (qui, en 2016, était un État très disputé), je m'adressais au type qui s'était moqué de moi en lui montrant toutes les zones rouges sur la carte à la télé, c'est-à-dire les districts remportés par Trump : « Tu vois ? C'est ce qu'un oncologue appellerait un cancer métastatique... et qui commencerait seulement à se propager. »