LA TRIBUNE DIMANCHE - Comment analysez-vous la rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine, et quels enseignements peut-on en tirer ?
BENJAMIN HADDAD - Tous les efforts diplomatiques doivent être soutenus, mais la réalité se trouvera sur le terrain. Depuis des mois, l'Ukraine affirme son soutien à un cessez-le-feu tandis que la Russie poursuit ses bombardements cyniques contre les civils ukrainiens. Tant que l'agression russe continue, nous continuerons de soutenir l'Ukraine et maintenir la pression sur le régime de Poutine. La diplomatie s'appuie sur ce rapport de force.
Volodymyr Zelensky se rendra demain à Washington, à l'invitation de Donald Trump. Que peuvent faire la France et les Européens pour lui apporter un soutien concret lors de cette rencontre ?
Nous nous coordonnons régulièrement avec nos partenaires américains, européens et ukrainiens pour préparer ces rencontres. Notre soutien à l'Ukraine s'inscrit dans la durée : les sanctions, que nous venons de renforcer avec le 18e paquet, les livraisons d'armes, le travail sur les garanties de sécurité sous l'impulsion de la France.
Les Européens avaient rallié Donald Trump à l'idée d'un cessez-le-feu. Désormais, il l'écarte et évoque directement un accord de paix. Le risque n'est-il pas qu'il se fasse à des conditions imposées par Moscou, notamment l'« échange de territoires », éventualité qu'il a confirmée dans une interview sur Fox News ?
Il appartient à l'Ukraine de prendre des décisions sur son avenir, sur son territoire. Mais l'on ne peut accepter des modifications de frontières par la force. Par ailleurs, tout accord devra être assorti de garanties de sécurité claires pour dissuader une agression future de la Russie. Mémorandum de Budapest, accords de Minsk : les Ukrainiens connaissent leur histoire d'accords sur papier trahis par Moscou, et ne veulent pas, à juste titre, d'une pause que la Russie utilisera pour réarmer et préparer la prochaine. C'est le travail que nous faisons avec nos partenaires britanniques et la coalition des volontaires. Ça exigera d'abord une armée ukrainienne forte, donc toute volonté de « démilitariser » l'Ukraine est inacceptable. Et nous sommes prêts à jouer un rôle actif pour appuyer ces garanties, comme l'a rappelé le président de la République. Donald Trump a d'ailleurs indiqué soutenir l'idée de participer à ces garanties de sécurité, c'est une avancée positive.