Au lendemain des funérailles de Jorge Mario Bergoglio auxquelles il a assisté, ce dominicain né à Lyon le 10 mars 1962 - qui est aussi membre du dicastère (ministère) pour le dialogue interreligieux au Vatican - nous explique comment il se prépare à élire le prochain pape. L'archevêque d'Alger livre aussi son analyse de la crise diplomatique entre la France et l'Algérie.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Quel souvenir personnel gardez-vous du pape François ?
MONSEIGNEUR JEAN-PAUL VESCO - C'est un homme que l'on pouvait aimer d'affection. Je lui avais demandé audience en novembre 2024 pour savoir ce qu'il attendait de moi en me nommant cardinal. Il m'a reçu une demi-heure à la résidence Sainte-Marthe. Ce qui m'a frappé alors que je lui parlais en français et qu'il me répondait en italien, c'est sa disponibilité d'esprit, la qualité de sa présence, son attention aux autres et sa bienveillance.
Quel bilan faites-vous de son pontificat ?
C'est indubitablement un pape réformateur. Arrivé du bout du monde, comme il disait, cet homme qui n'était pas du sérail a eu des gestes de rupture très forts dès le départ, en refusant d'habiter les appartements pontificaux, en choisissant de se déplacer en petite voiture plutôt qu'en Mercedes, en portant lui-même son cartable... Sans oublier son premier voyage en juillet 2013 à l'île de Lampedusa, où il a dénoncé « la mondialisation de l'indifférence » face au drame des migrants qui se noient dans la Méditerranée. Ce que je retiens de lui, c'est son message : l'Église pour tous, todos, todos, todos, comme il disait en espagnol. Autrement dit, personne ne peut être exclu de l'Église, qui est là pour accueillir et annoncer la bonne nouvelle aux gens tels qu'ils sont et non pas tels qu'ils devraient être : divorcés remariés, homosexuels... La grande réussite de François, c'est d'avoir fait bouger l'Église sans provoquer de ruptures. Pour ma part, je souhaite que le prochain pontificat s'inscrive dans la continuité des réformes. François est allé déjà loin mais il faut continuer dans cette voie.