Ils ont brisé ses bras, ses jambes. Les coups ont été si violents qu'ils ont détruit ses organes. L'autopsie du corps de Mazen Al-Hamada n'a pas encore été délivrée à sa famille - il manque le tampon du bureau du procureur -, mais ses proches savent déjà que le prisonnier a été battu à mort. Début décembre, au moment où la coalition menée par Hayat Tahrir al-Cham (HTC) fondait sur Damas et que le régime Assad vivait ses derniers instants, l'infatigable témoin des tortures pratiquées dans les prisons syriennes était réduit au silence pour toujours. Son corps tuméfié a été retrouvé dimanche dernier dans une chambre froide de l'hôpital militaire.
« Son assassinat n'est pas une coïncidence, c'est le dernier message que le régime a envoyé aux Syriens », affirme Majeda Kaddo, sa belle-sœur. Ce vendredi matin, au lendemain des funérailles géantes de l'activiste dans la capitale, un mélange d'épuisement et d'accalmie règne dans le salon de la famille du frère aîné de Mazen. Fawzi Al-Hamada allume une cigarette. Son épouse, Majeda, s'assoit sur le canapé en face de lui. Leur fils Jad pose délicatement deux coussins dans le dos de son père. « Quand il était réfugié en Europe, Mazen a pu dire tout haut ce qu'on endurait ici, raconte l'homme de 65 ans. Les Syriens ont vécu dans la culture de la peur toute leur vie. »