Syrie : un tournant historique après la chute du clan Assad
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LTD/REUTERS/Mahmoud Hasano
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[ Article mis en ligne 08/12/2024 06:38 | Mise à jour 08/12/2024 18:02 ]
Les groupes rebelles entrés à Damas ont annoncé la « fuite » du « tyran » Bachar al-Assad, appelant les Syriens exilés à l'étranger à rentrer dans une « Syrie libre » et proclamant « Damas libre de la tyrannie ».
À la télévision publique, les rebelles ont confirmé la chute de Bachar al-Assad. Le chef du gouvernement syrien à Damas, Mohamed al-Jalali, s'est dit prêt à coopérer avec les nouveaux dirigeants.
L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a annoncé dimanche que le président syrien, Bachar al-Assad, avait quitté la Syrie en s'envolant depuis l'aéroport international de Damas, abandonné par l'armée et les forces de sécurité face à l'offensive fulgurante des rebelles entrés dans la capitale.
« Assad a quitté la Syrie via l'aéroport de Damas, avant le retrait des membres des forces armées et de sécurité » du site, a indiqué à l'AFP le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, en référence au président syrien qui dirige le pays depuis 24 ans.
Le Premier ministre syrien, Mohamed al-Jalali, s'est dit prêt à coopérer avec tout nouveau « leadership » choisi par le peuple, précisant qu'il serait dimanche matin dans ses bureaux au siège du gouvernement pour toute procédure de « passation » de pouvoir.
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De son côté, le commandant de Hayat Tahrir al-Sham, HTS, qui dirige l'offensive des rebelles ayant pénétré dans la capitale syrienne, a appelé ses combattants à ne pas s'approcher des institutions publiques à Damas, qui restent sous contrôle de l'ex-Premier ministre jusqu'à une « passation officielle ».
Prenant de court le pouvoir de Bachar al-Assad et la communauté internationale, HTS et plusieurs groupes rebelles alliés ont lancé le 27 novembre une offensive fulgurante qui leur a permis en quelques jours seulement de prendre le contrôle de plusieurs métropoles, d'abord Alep (nord), puis Hama et Homs dans le centre.
Les provinces dans l'Est et le Sud, notamment Deraa, berceau de la « révolution » de 2011, sont tombées aux mains des rebelles quand des combattants locaux ont pris le contrôle sur le terrain, à la faveur d'un retrait des forces du régime.
Les rebelles islamistes syriens ont annoncé l'arrivée dimanche à Damas de leur chef, Abou Mohammad al-Jolani, quelques heures après la chute de la capitale syrienne aux mains de la rébellion armée.
Sur les images, on peut voir le chef de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), la formation islamiste radicale à la tête de la coalition insurgée, se prosterner sur une pelouse.
« Notre volonté est ferme et notre détermination inébranlable », affirme Abou Mohammad al-Jolani (de son nom de guerre), dans un communiqué diffusé par la télévision officielle syrienne, dont les rebelles ont pris le contrôle.
Amnesty International a souligné dimanche que les auteurs de violations des droits de l'homme sous le régime déchu de Bachar al-Assad devaient être traduits en justice et jugés dans des « procès équitables », saluant une « opportunité historique » de clore des décennies de répression.
« Amnesty international appelle les forces d'opposition à rompre avec la violence du passé », a encore déclaré l'ONG, appelant « toutes les parties du conflit à respecter pleinement les lois de la guerre ».
L'ONG appelle également à « collecter et préserver les preuves des crimes commis » de manière à documenter le travail ultérieur de la justice.
De son côté, la France « salue la chute du régime de Bachar al-Assad » après « plus de 13 ans d'une répression d'une grande violence contre son propre peuple », a réagi dimanche le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
Le ministre appelle tous « les Syriens à l'unité », à la réconciliation, et à rejeter « toute forme d'extrémisme », poursuit-il dans un communiqué.
Le président français Emmanuel Macron s'est félicité dimanche que « l'État de barbarie » soit « tombé » en Syrie avec la chute du président Bachar al-Assad, mais il a souligné que la France resterait « engagée pour la sécurité de tous » dans la région.
« Espoirs prudents » des Nations unies, appels à éviter le « chaos » : la communauté internationale réagit dimanche à la chute du président syrien Bachar al-Assad après une offensive éclair qui a mis fin à un demi-siècle de règne du clan Assad.
>>> Aux États-Unis, le porte-parole du Conseil national américain de sécurité Sean Savett a déclaré dans la nuit que « le président Biden et son équipe suivent attentivement les événements extraordinaires en Syrie et sont en contact permanent avec nos contacts régionaux ». Le président américain Joe Biden suit attentivement « les événements extraordinaires » en cours en Syrie où les rebelles revendiquent la prise de Damas et assurent que le président Bachar al-Assad a pris la fuite, a indiqué la Maison-Blanche dans la nuit de samedi à dimanche.
>>> Berlin a exprimé son « soulagement » à l'annonce de la chute de Bachar al-Assad, la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, mettant en garde contre le risque de voir arriver d'autres radicaux au pouvoir en Syrie. Le chancelier allemand Olaf Scholz, a affirmé qu'« il est désormais essentiel que la loi et l'ordre soient rapidement rétablis en Syrie » et que cessent les « ingérences » étrangères dans le pays, une allusion notamment à la Russie, à l'Iran et la Turquie.
>>> Par la voix de la vice-première ministre travailliste Angela Rayner, Londres a dit souhaiter « voir les civils et les infrastructures protégés (car) beaucoup trop de gens ont perdu la vie et nous avons besoin de stabilité dans cette région ». Désormais, « nous devons trouver une solution politique dans laquelle le gouvernement agit dans l'intérêt du peuple syrien », a-t-elle déclaré à la chaîne de télévision Sky News, tout affirmant « se réjouir de la chute du régime d'Assad ».
>>> « L'Espagne va pousser, avec tous les pays les plus impliqués dans la région (...), pour que, quelle que soit la solution pour l'avenir de la Syrie, elle soit pacifique », a de son côté affirmé le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, sur la chaîne TVE. « C'est ce que l'Espagne a toujours souhaité pour la Syrie, qu'elle soit pacifiée, qu'elle profite au peuple syrien, qu'elle apporte une forme de nouvelle stabilité au Proche-Orient », a-t-il ajouté.
>>> La Chine « suit de près l'évolution de la situation en Syrie et espère que la Syrie retrouvera la stabilité dès que possible », a écrit le ministère chinois des Affaires étrangères dans un communiqué.
>>> Si la Russie et l'Iran ont été les plus proches soutiens de la Syrie ces dernières années, les liens de Damas avec la Chine se sont renforcés. La Chine est l'un des rares pays en dehors du Moyen-Orient où Assad s'est rendu depuis le début de la guerre civile en Syrie en 2011, le président chinois Xi Jinping annonçant avec son homologue syrien un « partenariat stratégique ».
>>> Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré dimanche que tout nouveau gouvernement en Syrie ne devait pas menacer les pays voisins, après la chute de Damas aux mains de rebelles menés par des islamistes radicaux. Il a précisé devant le Doha Forum au Qatar, que la Turquie avait travaillé avec les Syriens et les acteurs régionaux et internationaux pour « assurer aux pays de la région que la nouvelle administration et la nouvelle Syrie ne constitueront pas une menace pour les voisins et qu'au contraire, la nouvelle Syrie s'attaquera aux problèmes existants et éliminera les menaces ».
>>> Pour sa part, un haut responsable des Émirats arabes unis a exhorté dimanche les Syriens à « travailler ensemble » pour éviter « le chaos », dans la première réaction d'un pays arabe à la chute de Bachar al-Assad.
« Nous espérons voir les Syriens travailler ensemble et ne pas assister à un nouvel épisode de chaos », a déclaré Anwar Gargash, conseiller du président des Émirats arabes unis devant la conférence Manama Dialogue à Bahreïn. M. Gargash a refusé de confirmer ou d'infirmer les informations selon lesquelles le président syrien se serait réfugié aux Émirats arabes unis.
L'ambassade d'Iran en Syrie a été saccagée après l'entrée dimanche à Damas d'une coalition rebelle qui a annoncé la chute du président Bachar al-Assad, allié indéfectible de l'Iran. « Des inconnus ont attaqué l'ambassade iranienne », comme vous pouvez le voir sur ces images diffusées par diverses chaînes étrangères, a indiqué la télévision d'État iranienne.
Un photographe de l'Agence France-Presse sur place a observé des bureaux dévastés, des débris de verre jonchant le sol et des meubles détruits dans le bâtiment diplomatique situé dans la banlieue huppée de Mazzeh, à l'ouest de Damas, où se trouvent d'autres représentations diplomatiques.
À l'extérieur, des pillards chargeaient des camions d'objets volés, tandis que dans l'ambassade vandalisée, tiroirs et classeurs étaient grands ouverts, des documents éparpillés, des drapeaux syriens et iraniens jonchaient le sol.
Au centre d'une pièce, le sol était couvert de photos déchirées de l'imam Khomeini, fondateur de la République islamique d'Iran, et de l'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême actuel. Parmi les débris, se trouvait également une photo détruite de l'ancien chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, tué en septembre lors d'un raid israélien sur la banlieue sud de Beyrouth, et du général iranien Qassem Soleimani, tué dans une frappe américaine en Irak en 2020.
L'Iran n'avait dans l'immédiat pas commenté la chute de son allié Bachar al-Assad après une offensive fulgurante des rebelles.
Le dernier commentaire de la diplomatie iranienne appelait samedi « gouvernement syrien et groupes d'opposition légitimes » à entamer des négociations. Cette déclaration au Qatar du ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, avait semblé marquer un changement de ton de l'Iran.
Téhéran n'avait jusqu'alors jamais évoqué d'« opposition » en Syrie, mais des « terroristes ».
La dernière rencontre publique entre Bachar al-Assad, qui s'est rendu dix fois en Iran depuis son arrivée au pouvoir en 2000, et un responsable iranien remonte au 1er décembre, lorsque le chef de la diplomatie Abbas Araghchi s'était rendu à Damas.
Le lendemain, le président iranien Massoud Pezeshkian réitérait par téléphone à son homologue syrien le soutien de l'Iran. Sa dernière visite remonte à mai 2024, peu après l'accident d'hélicoptère du défunt président iranien, Ebrahim Raïssi.
Joe Biden va réunir dimanche ses conseillers pour évoquer la situation en Syrie, a annoncé un porte-parole de la Maison Blanche, après une offensive éclair de groupes rebelles qui a provoqué la chute de Bachar al-Assad.
Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale de Joe Biden, a affirmé samedi que les priorités des Etats-Unis pour la Syrie après le départ du pouvoir de Bachar al-Assad étaient de prévenir toute résurgence du groupe Etat islamique (EI) et d'empêcher une « catastrophe humanitaire ». Les retombées de ce changement sur les pays de la région « sont un sujet de préoccupation », a-t-il déclaré lors d'une conférence en Californie, affirmant avoir une préoccupation particulière pour l'EI.
Lors des phases précédentes de la guerre civile en Syrie, « à ses pires moments, nous avons observé l'arrivée fracassante de l'EI sur la scène », a-t-il déclaré. La priorité des Etats-Unis est de s'assurer « que les combats en Syrie ne mènent pas à une résurgence de l'EI », a déclaré Jake Sullivan.
Washington est aussi vigilant pour prévenir toute « catastrophe humanitaire », à la fois en matière d'« accès aux besoins de première nécessité » pour les civils, et en matière de « protection des minorités religieuses et ethniques en Syrie », a assuré Jake Sullivan.
Les Etats-Unis comptent près de 900 soldats stationnés en Syrie et 2.500 en Irak dans le cadre de la coalition internationale établie en 2014 pour aider à lutter contre l'EI. Les forces américaines ont régulièrement mené des frappes en Syrie, y compris sur les milices affiliées à l'Iran. Téhéran était l'un des principaux soutiens de Bachar al-Assad.
L'administration Biden se prépare à passer le pouvoir le 20 janvier à Donald Trump, qui a affirmé samedi que les Etats-Unis ne devaient pas « se mêler » de la situation en Syrie.
Le président syrien Bachar al-Assad « a fui » la Syrie après avoir perdu le soutien de son protecteur, la Russie, a affirmé le président élu américain Donald Trump sur sa plateforme Truth Social.
L'armée israélienne a annoncé s'être déployée dans la zone tampon démilitarisée du Golan, dans le Sud-ouest syrien, à la lisière avec la partie de ce plateau occupé et annexé par Israël.
Elle a ajouté ne pas intervenir dans les événements en Syrie où des groupes rebelles avec à leur tête des islamistes radicaux, ont annoncé dimanche la chute du régime de Bachar al-Assad, après une offensive fulgurante lancée le 27 novembre à travers la Syrie.
L'armée israélienne a imposé dimanche un couvre-feu aux habitants de cinq localités situées dans la zone tampon du Golan, à la lisière de la partie de ce plateau syrien occupé et annexé par Israël.
L'armée a dit avoir pris le contrôle de cette zone démilitarisée après la chute du président syrien Bachar al-Assad.
Un porte-parole de la Force des Nations unies chargée d'observer le désengagement (Fnuod) avait fait état « d'individus armés non identifiés dans la zone de séparation, dont une vingtaine sont entrés dans l'une des positions de la mission dans la partie nord de la zone de séparation ».
L'armée israélienne a annoncé avoir aidé la force de l'ONU à repousser une attaque. Une frappe israélienne a visé un dépôt d'armes dans la province de Qouneitra sur le plateau du Golan, un porte-parole de l'armée a déclaré ne pas faire de commentaire.
Israël a conquis une partie du Golan sur la Syrie lors de la guerre israélo-arabe de 1967 avant d'annexer ce territoire en 1981. Cette annexion n'est pas reconnue par l'ONU. En 2014, la Fnuod avait dû abandonner ses positions dans la partie syrienne du Golan, quand des groupes rebelles et des jihadistes de l'ex-branche syrienne d'Al-Qaïda s'étaient emparés du secteur. Ces derniers avaient pris graduellement plusieurs zones de Qouneitra, dont le passage entre la partie syrienne du Golan et la partie du plateau occupée par Israël.
Quarante-cinq Casques bleus fidjiens de la Fnuod avaient été pris en otage après des combats entre l'armée et les rebelles avant d'être libérés au bout de deux semaines.
Qualifiant cet événement de « moment décisif », Pedersen a souligné que cette transition ouvre une nouvelle page pour un pays marqué par 14 années de guerre civile dévastatrice. Tout en reconnaissant les défis colossaux à venir, il a exhorté à saisir cette opportunité pour construire une Syrie unie, pacifique et inclusive.
L'émissaire des Nations unies en Syrie, Geir Pedersen, a appelé dimanche à garder des « espoirs prudents » après la prise de contrôle de Damas par les rebelles islamistes, qu'il a qualifié de « moment décisif » mettant fin à un demi-siècle de pouvoir du clan Assad.
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Pedersen a estimé dans un communiqué que les presque 14 années de guerre civile en Syrie ont été « un chapitre noir (qui) a laissé des cicatrices ». « Aujourd'hui, nous regardons vers l'avenir avec des espoirs prudents d'ouverture (...) de paix, de réconciliation, de dignité, et d'inclusion pour tous les Syriens », a assuré le diplomate.
(Avec agences)
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