Confrontés aux secousses sur les droits de douane venues de Washington, les milieux économiques français ne s’indignent plus. Ils tentent de s’adapter.
«Il faut bien l'admettre, il flotte un certain parfum de résignation.» Dans les allées des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, où se sont côtoyés jusqu'à samedi soir patrons, financiers, experts, politiques et lobbyistes, le constat de ce chef d'entreprise reflète une impression qui s'installe doucement, mais sûrement, dans les esprits.
Mercredi prochain, le 9 juillet, les quatre-vingt-dix jours de pause décidés par Donald Trump sur les droits de douane réciproques se terminent. En principe, sauf accord ou surprise de dernière minute, l'Europe devrait voir son niveau de taxe passer à 20 % de façon unilatérale. En principe donc.
Car depuis un mois, chaque semaine ou presque, la Maison-Blanche a brouillé les cartes en annonçant d'autres chemins possibles : nouveau report de la date butoir, passage à un taux unique de 50 %, taxes ciblées...
De quoi perturber les milieux économiques, peu friands du régime de l'incertitude. «Depuis le Covid, nous assistons à une forme de fatalisme du monde économique, observe Mathias Burghardt, directeur général délégué du fonds Ardian. Malgré les guerres, en Ukraine et au Moyen-Orient, malgré les ruptures alimentées par Donald Trump, malgré les incertitudes politiques, les marchés financiers continuent in fine de résister, puis d'absorber. »
Cette résilience, que la plupart des économistes n'osaient concevoir il y a tout juste cinq ans, alimente aujourd'hui une forme d'acceptation plus globale. Face aux crises à répétition, l'économie est devenue un véhicule tout-terrain, capable d'encaisser des pistes de plus en plus chaotiques.
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« Et si Donald Trump finit par être un tant soit peu raisonnable sur les droits de douane, en appliquant par exemple un taux de 10 % vis-à-vis de l'Europe, nous entrons dans une zone jugée désormais comme acceptable, gérable », constate avec étonnement Gilles Moëc, chef économiste du groupe Axa.
Ludovic Desautez et Pierrick Merlet, envoyés spéciaux à Aix-en-Provence