La chronique de Marc Fiorentino. Tout passe, tout lasse, même la dette américaine
Marc Fiorentino

La chronique de Marc Fiorentino.
LTD/Fabien Clairefond
Marc Fiorentino

La chronique de Marc Fiorentino.
LTD/Fabien Clairefond
Je suis toujours aussi surpris de voir à quelle vitesse les marchés financiers et la communauté des investisseurs zappent facilement d'un sujet à l'autre. Cette semaine, on n'a pratiquement plus entendu parler des droits de douane et de la guerre commerciale alors que rien n'est encore réglé. C'était l'obsession depuis le « Liberation Day », mais, comme Trump, les marchés se lassent rapidement et passent instantanément à autre chose. La préoccupation de la semaine ? La dette américaine.
En cause, le « big, beautiful bill ». Le budget de Trump. Un budget agressif. Un budget qui entérine les baisses d'impôts, en prévoit de nouvelles, à commencer par l'exemption fiscale des pourboires et des heures supplémentaires, et vise à réduire les dépenses sociales et les primes aux énergies renouvelables au profit de la défense. Avec un coût estimé à 2.700 milliards de dollars supplémentaires sur dix ans. Un montant astronomique.
Trump se défend en expliquant que le surplus de croissance généré par ce budget compensera largement son coût, mais son hypothèse est peu crédible et on peut donc s'attendre à un dérapage du déficit et de la dette. Les investisseurs craignent que les États-Unis entrent dans un nouveau cercle vicieux : plus de déficit, plus de dette donc des taux d'intérêt plus élevés, donc une charge de la dette plus importante, donc... plus de déficit et plus de dette.
Résultat des courses : la nervosité et la volatilité sont de retour sur les marchés financiers. Et cela a un impact sur votre argent. En effet, les taux d'intérêt à long terme aux États-Unis ont rebondi. Le taux de référence, le taux d'emprunt d'État à dix ans, a largement dépassé le seuil d'alerte des 4,5 %, entraînant dans son sillage les taux d'emprunt immobiliers et les taux d'emprunt à la consommation. Une mauvaise nouvelle pour l'économie américaine. Mais également une mauvaise nouvelle pour les taux dans le monde et pour les taux européens.
Oui, je sais, la situation en Europe est très différente de celle aux États-Unis. Notre croissance est en berne, notre inflation baisse, nos taux à long terme devraient donc chuter. Or, ils ont progressé cette semaine. Cela paraît étonnant mais cela s'explique : les marchés américains sont tellement dominants que tout mouvement qui les affecte a des répercussions sur le reste du monde. Et l'explosion des dettes d'État dans le monde créé une concurrence entre les pays pour capter le financement des investisseurs, ce qui provoque une tension sur les taux d'intérêt.
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Si à moyen terme la tendance à la baisse des taux européens n'est pas remise en question, à court terme elle va être freinée par les tensions américaines. Mais rassurez-vous, le sujet de la dette américaine finira par lasser, comme la guerre commerciale, et d'ici quelques jours ou quelques semaines la mode passera et on sera tous préoccupés par un nouveau sujet. Le zapping va continuer. Les investisseurs, comme Trump, souffrent d'un déficit d'attention. Une raison de plus pour garder le cap dans vos choix de placements.
Marc Fiorentino